Chaque semaine, Gondola vous dévoile un portrait d’une personnalité végane, végétarienne ou flexitarienne qu’il a rencontré dans le cadre d’un large dossier paru dans son édition de Février 2019! Le premier épisode de cette série en cinq volets s’intéressait à Sofie, 23 ans, blogueuse (www.basimella.be) et végane depuis 4 ans. Aujourd'hui, nous vous emmenons à la rencontre de Tobias, consultant et fondateur de l'organisation végétarienne EVA, végétarien depuis plus de 20 ans et végane depuis 18 ans...

Tobias Leenaert (45 ans) est un végane bien connu. Il est le fondateur de l’organisation végétarienne EVA, l’auteur d’un livre sur le véganisme – ‘How to create a vegan world’ – et mange végane depuis plus de vingt ans. “Le grand changement ne vient pas de personnes 100% véganes mais de celles qui sont partiellement végétariennes ou véganes.”

Tobias Leenaert avait à peine douze ans lorsqu’il s’est rendu compte qu’il préférait ne pas manger d’animaux. L’amour qui leur portait était trop fort. Pourtant, il lui a fallu des années avant de devenir végane. “Le passage de la théorie à la pratique n’a pas été facile parce que j’aimais beaucoup la viande. Au restaurant, je commandais systématiquement un steak au poivre. Et quand ma mère cuisinait macrobiotique, je protestais : ‘je veux de la viande !’. Je pense que si tant de gens continuent à manger de la viande, c’est simplement qu’elle est trop savoureuse que pour l’éliminer de son régime alimentaire. Et je les comprends, car je sais combien c’est difficile. Je pense néanmoins qu’il est beaucoup plus évident pour les enfants de ne pas manger de viande. Ils font automatiquement le lien avec les lapins, les poules ou les animaux domestiques qu’ils possèdent. Les parents imaginent que pour devenir ‘grands et forts’ ils doivent manger de la viande. D’aucuns affirment que les parents véganes feraient même un lavage de cerveau à leurs enfants, mais je constate l’inverse : les parents poussent leurs enfants à manger de la viande !”

Spaghetti bolognaise & spare ribs

C’est lors de ses études que Tobias Leenaert a décidé de ne plus consommer que des produits d’origine végétale. Tout a commencé par un pari avec un ami qui lui a promis 1.000 francs de l’époque s’il s’abstenait de manger de la viande pendant un mois. “J’ai gagné mon pari mais j’ai continué à ne pas manger de viande pendant un an, sauf des spaghettis bolognaise – un plat incontournable pour un étudiant – et du poisson. J’ai cessé de manger du poisson quelques années plus tard, me contentant de spare ribs de temps en temps. Je n’y vois aucun mal, au contraire de véganes purs et durs. Pour ma part, je ne pense pas qu’il faille être aussi intransigeant. Si, par goût, vous ne pouvez vous passer de certaines viandes, il n’y a pas de problème à ce que vous continuiez à en manger. Je considère que chaque pas vers une alimentation plus végane est important. Ce ne sont pas les 1% de véganes qui vont changer le système mais bien les 10% de personnes qui décident de modifier leurs habitudes alimentaires en mangeant de temps en temps végétarien ou végane. C’est grâce à eux que les enseignes élargissent leur offre. Si tout le monde devenait flexitarien et ne mangeait de la viande qu’une fois par semaine par exemple, le système changerait à un point tel qu’il n’y aurait pratiquement plus de viande.” En 20 ans, les choses ont beaucoup changé. “Au tout début de ma ‘conversion’, il n’était pas évident de se procurer des livres de recettes véganes. J’ai fini par en trouver et j’ai tenté de confectionner une tarte qui avait l’air succulente. Elle s’est révélée infecte et j’ai laissé tomber l’idée des livres de recettes, avant d’y revenir plus tard. Je crois que la clé est là : si l’on veut que le véganisme progresse, il faut proposer des alternatives suffisamment savoureuses que pour justifier l’abandon de la viande. Tant que ce ne sera pas le cas, les gens n’auront aucune raison de changer ou même de se montrer ouverts au changement. Fort heureusement, les choses se sont nettement améliorées car je me souviens que les premières alternatives avaient un goût de carton. Voilà 20 ans que je suis dans le milieu mais, ces dernières années, j’observe une accélération à tous les niveaux. Et je suis très curieux de l’évolution future.”

De la crème glacée végane

Il y a vingt ans, seuls les magasins d’alimentation naturelle commercialisaient ce que Tobias Leenaert cherchait. “Aujourd’hui, je fais la plupart de mes achats chez Delhaize et dans un magasin spécialisé de mon quartier. Je vais également de temps en temps chez Colruyt ou chez Albert Heijn, qui propose un excellent un steak végétarien. Désormais, les supermarchés possèdent tous un bel assortiment de produits véganes. Chez Delhaize par exemple, on trouve depuis peu du fromage râpé pour les gratins ou pour les spaghettis. Toute nouvelle alternative facilite le développement de l’alimentation végane. Mais les supermarchés classiques devraient encore travailler leur offre, notamment en matière de légumes bio par exemple. J’achète certains produits sur internet car ils ne sont pas commercialisés en Belgique, comme du fromage artisanal à base de noix. Je voyage beaucoup et je ramène souvent des produits que l’on ne trouve pas chez nous. Donc oui, l’offre peut encore être améliorée. Par exemple, celle de la glace végane, qui reste très limitée. Ou de fromages d’origine végétale. Il est faux d’imaginer que ces produits seraient exclusivement ‘réservés’ aux véganes : ils intéressent tous les consommateurs. L’offre dépend également de votre lieu de résidence. Je vais bientôt déménager à Renaix et je crains que l’offre y soit moins large, comme c’est généralement le cas pour les petites villes.” Quand il fait ses courses, Tobias Leenaert ne regarde pas vraiment les prix. “Il existe toute une gamme de prix. A côté de produits bon marché comme les haricots, les lentilles ou le riz, vous trouvez également des produits transformés nettement plus chers. Même chose au restaurant : il y a des plats du jour à des prix démocratiques mais aussi, comme à Gand, des restaurants étoilés qui proposent un menu végane. Tout comme l’alimentation végane peut être extrêmement saine ou, à l’inverse, plutôt néfaste à la santé. Il ne s’agit pas d’une cuisine unique, ‘mono-saveur’. Je suis même persuadé que végétariens et véganes ont une alimentation plus variée que les ‘carnivores’.”

L’un des problèmes que rencontrent encore les véganes dans les supermarchés classiques, c’est le manque d’uniformité dans la présentation des produits. “Il existe pourtant un label European Vegetarian Union dont le logo – un lettrage vert sur fond jaune – indique qu’il s’agit d’un produit végétarien ou végane. Son utilisation est de plus en plus fréquente, mais elle est encore loin d’être généralisée. Certains supermarchés utilisent leur propre label mais, j’ai pu le constater moi-même, la fiabilité n’est pas toujours au rendez-vous. C’est ainsi que j’ai trouvé du jambon dans une salade étiquetée végétarienne. Les supermarchés ne peuvent pas se permettre de telles erreurs. C’est pourquoi je pense qu’il est important d’utiliser le label indépendant existant.”

L’avenir sera végane

Que nous réserve l’avenir ? Le monde deviendra-t-il progressivement végane ? “Je pense que oui. Je suis convaincu que le véganisme ne cessera d’élargir son public. La dynamique est enclenchée et elle se poursuivra. Il n’y a aucune raison de penser qu’elle puisse s’arrêter. Tant qu’un public suffisamment important sera intéressé – même partiellement – le système se développera. Si je travaillais dans l’industrie de la viande, je serais inquiet pour mon avenir. Et d’ailleurs, les acteurs du secteur le sont. Ils tiennent un discours très défensif. A terme, ils risquent de se retrouver dos au mur et n’y sont pas préparés. Grosse erreur. Certains se rassurent en affirmant que nous continuerons à manger de la viande mais, personnellement, je n’en suis pas si sûr. Et je le suis d’autant moins que l’on voit arriver de la viande fabriquée en laboratoire ! Si cette viande devait effectivement être commercialisée un jour, il n’y aurait réellement plus aucune raison de consommer de la viande animale. Même chose pour les produits laitiers ou pour les œufs. S’il existe des alternatives qui ont un goût identique, pourquoi continuer à consommer de la viande et des produits d’origine animale ? Je pense que cette révolution pourrait advenir avant la fin de ce siècle.”

Le véganisme, tout comme le végétarisme, est pluriel. Les consommateurs le sont tout autant. Et leurs arguments sont variés: bien-être animal, conscience écologique, santé, et on en passe. Gondola rencontré plusieurs personnes végétariennes ou végétaliennes, partiellement ou à 100%, et les a interrogées sur leurs habitudes, leurs idées, leurs perceptions. Elles sont souvent décrites en termes de menaces, pour les filières agricoles. Mais elles forment aussi des opportunités pour les retailers capables de les saisir. A ce petit jeu, les enseignes hollandaises semblent avoir la cote. Ce que leurs concurrents devraient surveiller d'un oeil attentif, à l'heure où elles mordent avec gourmandise dans le marché flamand: le phénomène touche particulièrement les jeunes consommateurs, ceux qui forment l'avenir de leur clientèle...

Chaque semaine, nous publierons un portrait des personnalités véganes, végétariennes et flexitariennes que nous avons rencontrées. Pour suivre cette série, dont vous venez de découvrir le second volet, n'hésitez pas à vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire! Pour un abonnement au magazine, cliquez ici!

 

Redécouvrez l’épisode 1, le portrait de Sofie, une blogueuse de 23 ans, végane depuis déjà 4 ans.

Redécouvrez l’épisode 3, le portrait de Lynn, 31 ans, végétarienne de ses 15 à 20 ans, et végane depuis octobre 2017