Stijn Van Brussel, managing director de Pluxee Belgique & Luxembourg, fait le point sur l’augmentation du montant des chèques-repas et ses implications  pour les employeurs, les salariés et les retailers.

Pourquoi était-ce le moment d’augmenter les chèques-repas ? 

La vraie question serait plutôt : pourquoi ne pas l’avoir fait plus tôt ? La valeur maximale du chèque-repas était plafonnée à 8 euros depuis 2016 alors que les prix alimentaires ont augmenté d’environ 39 % en dix ans. Résultat : un pouvoir d’achat qui s’est progressivement  érodé, sans que personne n’agisse. 

Pour les classes moyennes et les bas revenus, les chèques-repas ne sont pas un simple bonus agréable mais une composante essentielle  du budget mensuel. Trois quarts des bénéficiaires les perçoivent ainsi, et plus de 9 sur 10 jugent qu’une augmentation est nécessaire. À un moment donné, un tel signal ne peut plus être ignoré. Il faut aussi souligner la manière dont cette mesure a vu le jour. Elle est remarquable : elle résulte d’une véritable concertation sociale entre employeurs, syndicats et pouvoirs publics. Tous les acteurs étaient autour de la table et tous ont reconnu sa nécessité. Cela confère à cette augmentation une légitimité qui va au-delà d’une simple décision politique. Elle n’a rien d’une surprise, bien au contraire. Il s’agit d’un ajustement logique du système à la réalité économique.

Le pouvoir d'achat s'est progressivement érodé sans que personne n'agisse. 

Plus de 70 % des chèques-repas sont dépensés dans le retail. Quel est l’impact concret de cette hausse pour le secteur ?

Un retailer sur trois réalise jusqu’à 10 % de son chiffre d’affaires grâce aux chèques-repas. Il s’agit donc d’une source de revenus structurelle qui soutient directement l’économie locale.

Un chèque-repas d’une valeur plus élevée augmente le budget par achat, ce qui se traduit directement par un panier moyen plus élevé. Et comme 80 % sont dépensés dans le mois, il n’y a quasiment pas de report d’achat : l’argent circule immédiatement et stimule notre économie.

Résultat ? Un chiffre d’affaires prévisible, indépendant des promotions ou de la saisonnalité. Dans un secteur où les marges sont sous pression, c’est un atout considérable. Et ce, sans le moindre investissement marketing.

Vos chiffres montrent que chaque euro dépensé en chèques-repas génère jusqu’à 1,80 euro de consommation. Comment un chèque de 10 euros peut-il rapporter plus que sa valeur nominale ?

Les bénéficiaires de chèques-repas dépensent rarement exactement le montant dont ils disposent. En moyenne, chaque euro de chèque-repas génère environ 1,80 euro de consommation effective. Cet effet est encore renforcé lorsque la valeur de base augmente. 

En outre, les chèques-repas sont dépensés rapidement : 8 sur 10 le sont dans le mois. Contrairement au salaire net, il s’agit d’un budget dédié à l’alimentation, qui n’est pas épargné. Chaque chèque-repas se transforme donc en chiffre d’affaires pour les retailers, souvent au-delà de sa valeur nominale. 

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Qu’est-ce qui rend les chèques-repas aussi uniques pour les retailers ? 

Plus de trois millions de Belges en bénéficient, et chaque mois, cette masse financière est automatiquement dépensée dans les commerces. Les retailers n’ont rien à faire : pas de campagne, pas de promotion, pas de réduction temporaire. On parle ici de 3,6 milliards d’euros qui affluent automatiquement vers les retailers sans aucun investissement marketing. C’est une source de revenus stable et structurelle. Et ce volume continue de croître : le nombre d’entreprises qui accordent des chèques-repas a plus que doublé depuis 2018. 

Autre élément clé : il  s’agit d’un système fermé. Les chèques-repas ne sont utilisables qu’en Belgique. Ce pouvoir d’achat reste donc dans l’économie locale, sans fuite vers des webshops étrangers ou des commerces frontaliers. À l’heure où l’e-commerce et les achats transfrontaliers pèsent de plus en plus, c’est loin d’être anecdotique. D’autant plus que plus de la moitié de la population belge vit à moins de 25 kilomètres d’une frontière : sans mécanisme permettant d’ancrer le pouvoir d’achat localement, une partie de ces dépenses s’échappe naturellement vers les pays voisins. 

De nombreux retailers sont également d’importants employeurs. Pensez-vous qu’ils adopteront plus rapidement les chèques-repas de 10 euros ?

Les retailers occupent une position particulière : ils sont à la fois employeurs et commerçants. En tant qu’employeurs, ils évoluent dans un secteur où règne une véritable guerre des talents et où une rémunération attractive fait réellement la différence. L’avantage fiscal est un argument de taille. Prenons l’exemple d’un salarié recevant 20 chèques-repas de 10 euros par mois : cela signifie 178 euros nets en poche et un coût de 202 euros pour l’employeur. Or, verser un montant net de 178 euros sous forme de salaire coûterait à ce dernier 440 euros, plus du double ! 

Les chèques-repas étant exonérés de cotisations sociales et d’impôts, ils permettent au salarié de gagner plus, tout en coûtant moins à l’employeur. Un argument de poids dans les négociations salariales.

Et côté commerce, les retailers bénéficient aussi directement de l’augmentation du pouvoir d’achat des consommateurs. Leur avantage est donc double.

3,6 milliards d'euros affluent automatiquement vers les retailers sans aucun investissement marketing. 

Les chèques-repas existent depuis longtemps. Comment voyez-vous leur évolution dans les prochaines années ? 

Les chèques-repas constituent un outil politique, une initiative du législateur qui présente une particularité : ils profitent à tout le monde à la fois. Le salarié gagne en pouvoir d’achat et en liberté de choix.  L’employeur dispose d’un levier de rémunération fiscalement avantageux. Le retailer voit son chiffre d’affaires augmenter sans investissements marketing. Quant aux pouvoirs publics, ils soutiennent la consommation intérieure sans subvention directe. Peu d’outils politiques alignent autant d’avantages.

C’est précisément cette diversité qui garantit la pérennité du système. Chez Pluxee, on parle d’un “portefeuille de pouvoir d’achat local”, un ensemble d’avantages comprenant, au-delà du chèque-repas, l’éco-chèque, le chèque sport et culture et le chèque-cadeau.  Chacun possède sa vocation propre mais tous visent un seul et même objectif : stimuler un pouvoir d’achat qui reste et circule localement. Et ce portefeuille bénéficie particulièrement aux petits commerçants : 89 % des éco-chèques sont dépensés dans des magasins spécialisés et des commerces locaux, plutôt que dans les supermarchés. Pour les chèques-repas, nous constatons en revanche une dynamique inverse. 

L’évolution n’est d’ailleurs pas terminée. L’accord du gouvernement Bart De Wever prévoit une augmentation de la valeur maximale des chèques-repas en deux étapes. Le premier relèvement à 10 euros est désormais une réalité. Une seconde hausse à 12 euros est également inscrite dans l’accord de gouvernement, même si son calendrier précis et sa traduction législative restent encore à confirmer. 

Le principe de base, lui, restera inchangé : un pouvoir d’achat dédié aux salariés, qui alimente directement l’économie belge. C’est aussi la vision portée par Pluxee : avec plus de 250 collaborateurs basés à Bruxelles, nous œuvrons chaque jour à un système qui crée de la valeur pour les travailleurs, les employeurs et les commerçants. Cet ancrage local est un choix assumé, au cœur de notre engagement.