L’improbable est arrivé ! Donald Trump a été élu président des Etats-Unis d’Amérique. L’homme qui souhaite rendre sa ‘grandeur’ à l’Amérique mènera certainement une politique très différente de celle de son prédécesseur. Quel impact son élection pourrait-elle avoir sur le retail et sur la consommation dans notre pays ? Aperçu des grands chantiers de Trump et de leurs possibles répercussions pour le secteur dans notre pays.

L’économie intérieure

Le redressement de l’économie intérieure – “Make America great again” – est assurément en tête de liste des priorités de Donald Trump. Pour le secteur alimentaire cela signifie l’abandon du SNAP (Supplemental Nutrition Assistance Program), les “bons alimentaires” dont bénéficient 45 millions de personnes et de familles à faibles revenus et qui concernent 44% (!) des enfants américains.

Sur le plan de la production alimentaire, les Républicains de Trump ne sont pas, loin s’en faut, des précurseurs en matière de nourriture saine et responsable. Pour beaucoup d’experts, le lien entre l’industrie agro-alimentaire et les changements climatiques est avéré. Mais selon Trump, le réchauffement climatique ne serait rien d’autre qu’un “hoax” inventé par les Chinois: il a déjà annoncé son intention de dénoncer les accords de Paris sur le climat.

L’agence pour la sécurité de la chaîne alimentaire et l’Environmental Protection Agency, qui veille à la sécurité contre les pesticides les plus dangereux, ont également du souci à se faire avec les Républicains car l’utilisation de pesticides et de produits chimiques risque fort d’être particulièrement peu encadrée.  

En tout état de cause, avec un président fan de fast-food et de la chaîne KFC dont le lunch idéal est constitué de burgers et de Diet Coke, il va être difficile aux Etats-Unis de faire la promotion d’une alimentation saine.

C’eût été plus simple avec Clinton, qui a siégé au conseil de Walmart de 1986 à 1993, ou avec Michelle Obama qui cultive des légumes bio dans le jardin de la Maison Blanche.

L’e-commerce 

Clinton avait promis que tous les ménages auraient un accès internet haut débit, ce qui aurait constitué une belle opportunité pour les entreprises d’e-commerce américaines et étrangères. Pour booster l’économie nationale, Trump compte, lui,   mettre des bâtons dans les roues de géants chinois comme Alibaba et aux produits chinois massivement vendus sur internet.

Le pouvoir d’achat  

La promesse de Trump de diminuer les impôts profitera essentiellement aux Américains les plus riches. Par ailleurs, sa politique migratoire va gravement affecter le marché du travail. Les millions d’immigrants illégaux qu’il entend  expulser sont, pour beaucoup, déjà employés aux États-Unis, jouant un rôle important dans l’économie américaine.

Si l’on ajoute à cela le tarissement naturel de la classe ouvrière et une industrie du retail confrontée à une pénurie de main-d’œuvre, les propositions de Trump mèneront, paradoxalement, à une baisse du pouvoir d’achat.

 

La Fevia: négatif à court terme 

Selon la Fevia, la Fédération belge de l’industrie alimentaire, l’élection de Trump aura, à court terme, un impact négatif sur les exportations belges. Difficile à ce stade de se prononcer sur les conséquences à long terme: « Nous tirons les mêmes conclusions qu’après le vote du brexit. A court terme, nous voyons des signaux et un impact dont, entre autres, une dévaluation du dollar, néfaste pour les  exportations, mais nous ne pouvons rien prévoir à long terme. »

La Belgique exporte chaque année pour plus d’un demi-milliard (536 millions d’euros) de produits alimentaires et de boissons aux Etats-Unis, avec une augmentation de 78% ces cinq dernières années. L’an dernier, l’augmentation était  de 17%. « La politique de Trump est avant tout protectionniste et nous craignons les conséquences pour l’industrie agro-alimentaire si l’Europe, et notamment la France, devait s’inscrire dans une même logique » dit-on encore à la Fevia. 

Le Boerenbond: « Des conséquences pour le TTIP »

Trump s’est prononcé contre l’accord commercial signé avec l’Asie (TPP) et entend le renégocier. Il table beaucoup sur les atouts offensifs (exportation agressive) et défensifs (protectionnisme à tout crin) dont il entend user. Une telle attitude ne sera pas sans conséquences sur la négociation de l’accord commercial avec l’Europe (TTIP). Interrogé sur le type d’entreprises agricoles souhaitables aux Etats-Unis, Trump envisage de grandes exploitations implantées au “cœur” de l’Amérique et tournées vers l’exportation. Il croit également fermement au progrès biotechnologique.

Le Boerenbond s’attend à ce que dans les négociations Europe / Etats-Unis, les Américains cherchent avant tout leur intérêt, sans considération pour celui des autres parties. Le Boerenbond espère que l’Europe ne se montrera pas “naïve volontariste” mais que ces accords lui permettront de s’affirmer. Sonja Becker, présidente du Boerenbond: “Si nous n’en sortons pas plus forts, autant renoncer au TTIP.”

(photo: Michael Vadon)