Trois questions à l’économiste Bruno Colmant

Bruno Colmant est Head of Macro Research Degroof Petercam, conseiller, éditorialiste de talent et co-auteur de très nombreux ouvrages, dont le dernier en date, Le Prêtre et l'Économiste, co-écrit avec Eric de Beukelaer, vient tout juste de sortir. L’an dernier, son discours avait passionné le parterre de plus de 200 décisionnaires du monde de la distribution participant à la grande Soirée de Gala de The Retail Society. Tant et si bien, que nous avons décidé de l’y convier à nouveau cette année. En attendant, l’économiste a accepté de se prêter à l’exercice du « 3 questions à… ».

 

 

Brexit, Trump, Liga et Cinque Stelle, populistes et autoritaristes portés au pouvoir... Est-ce le retour du politique dans la sphère économique, sur le mode hystérique?

 

Les déséquilibres qui ont été révélés par la crise de 2008 se sont amplifiés et aucune solution structurelle n'y a été apportée à ce jour alors que le contexte de nervosité capitalistique du monde augmente. Jour après jour, nous sommes confrontés à de nouvelles réalités sociétales et à un accroissement des inégalités que certains philosophes considèrent être le préalable à des insurrections. Le populisme gagne tous les pays d’Europe et surtout très rapidement. Ailleurs aussi, des pouvoirs se verticalisent dans un simulacre de démocratie, appelé démocrature. Apparemment, rien ne relie les partis antisystèmes et souverainistes d’Italie aux renforcements de pouvoirs dans des azimuts très éloignés. Pourtant, le rejet d’un système ou son renforcement autoritaire expriment une réponse comparable à un nouvel ordonnancement des communautés. Et, si l’histoire ne se répète pas, elle joue des tours diaboliques puisque les rejets d’élites conduisent souvent à en bâtir d’autres plus autoritaires.

 

Les secteurs économiques les plus liés à la consommation sont ceux qui redoutent les politiques d'austérité. Le Portugal a posé le choix d’une autre politique, avec succès. Un modèle transposable?

 

La crise de 2008, et plus celle encore de 2011, à savoir celle des dettes souveraines, a été un choc violent pour les autorités politiques qui n’en ont pas pris la mesure. Face à la croissance de l'endettement public, dont les modalités furent d'ailleurs différentes selon les Etats membres de la zone euro, les autorités européennes décidèrent d'imposer de violentes politiques d'austérité. Pourtant, dans les années trente, Keynes exhorta les pays en déflation à ne pas aggraver cette dernière par des politiques de rigueur. Il ne fut pas entendu alors que toutes les politiques déflationnistes échouèrent et transformèrent un krach boursier en dépression mondiale. Finalement, les politiques budgétaires ont été relâchées et les banques centrales ont imprimé de la monnaie. Mais la leçon principale est que l’austérité entraîne l’austérité. Le cas du Portugal est trompeur car là-bas, les salaires restent extrêmement bas et l’immobilier hors de prix. C’est un pays qui n’est pas sorti de sa crise sociale.

 

En tant qu’économiste, à quoi vous attendez-vous pour le futur?

 

Nous ne sommes plus en économie, mais en économie politique car le secteur financier est désormais sous contrôle public. De grands déséquilibres sociaux s’annoncent ainsi que le produit de l’emprunt du futur, dans des domaines comme le climat, l’eau et l’alimentation. Il va falloir mettre sa ceinture.

 

 

 

Bruno Colmant sera l’un des trois principaux orateurs de la grande Soirée de Gala de The Retail Society le 22 novembre prochain, soirée durant laquelle vous découvrirez aussi les discours de Thierry Cotillard, Président du Groupe Intermarché, et d’Andrew Jennings, Chairman de Hema, avant de déguster un somptueux repas. Inscrivez-vous dès maintenant!

 

 

Auteur: 

Carole Boelen