Economie, concurrence et politique: les grands défis abordés lors de la Gala Night

Les trois orateurs invités à la Gala Night de Gondola le 23 novembre dernier ont fait sensation. Bruno Colmant a dressé le portait d’une nouvelle ère économique, Ton van Veen a évoqué les projets de Jumbo et Marc Descheemaecker les douloureux manquements de la classe politique belge.

 

« Aucune théorie économique établie par le passé ne semble plus s’appliquer aujourd’hui » déclare l’économiste devant un parterre de plus de 200 décisionnaires du monde de la distribution. Bruno Colmant évoque alors un autre facteur de transformation qui met à mal les modèles économiques classiques. Dix ans après la crise financière, l'économie mondiale a retrouvé la croissance. Comment expliquer alors que, en dépit de la croissance et du plein emploi dont bénéficient de nombreux pays, le taux d'inflation reste aussi bas? C'est en contradiction avec toutes les lois économiques reconnues. Il évoque plusieurs facteurs qui l'expliquent, tels que le baby boom, survenu entre 1945 et 1963, et qui se transforme désormais en un papy boom qui couvrira les années 2010 à 2048. « Nous vivons qui plus est aujourd’hui plus longtemps qu’autrefois et il y a donc de plus en plus de personnes âgées. Or on observe que celles-ci ont tendance à davantage épargner, et à moins consommer, un comportement qui vise à se constituer une épargne de précaution.»

 

Mais d'autres facteurs inédits semblent freiner l'inflation, et ils sont de nature technologique. L'avènement de l'ère de  l’intelligence artificielle est censée contribuer à la création de richesses. Or cette révolution détruira inévitablement des emplois et mènera à une toute autre dynamique. Auparavant, chaque personne était rémunérée pour son travail, et cette rémunération représentait sa force de travail manuel ou intellectuel. Désormais, les robots et autres outils d'intelligence artificielle viennent compléter ou remplacer l'apport "biologique" de l'humain, ils absorbent une partie de cette rémunération, et exercent un rôle déflatoire. Ceci contribue à expliquer pourquoi le plein-emploi connu dans certains pays ne s’accompagne pas d’une hausse des salaires. La révolution technologique contribue à limiter l'inflation. Cette perspective fascinante d'un monde où les robots s'attribuent une part sans cesse croissante du travail bouleverse les perspectives économiques à long terme, et ce n'est pas un hasard si l'hypothèse de l'instauration d'un revenu universel est évoquée par des économistes. Inflation basse, population vieillissante, choc technologique, politiques monétaires: Bruno Colmant dresse un portrait de l'économie qui impressionne l'assemblée. Il invite celle-ci à ne pas y voir un message alarmiste ou défaitiste, mais plutôt un encouragement à se projeter dans le futur pour y identifier les enjeux économiques et sociétaux majeurs, avant d'agir au présent sur les bons leviers.  

 

 

Ceux qui pensaient que Ton van Veen, CFO de la chaîne néerlandaise de supermarchés Jumbo, lâcherait des infos sur son implantation en Belgique ont été déçus. L’homme a mis les choses au clair dès son arrivée sur le podium. Il a toutefois décrit les valeurs de Jumbo et les raisons de son immense popularité aux Pays-Bas. Il a aussi expliqué pourquoi Jumbo a racheté la chaîne horeca La Place. « La consommation alimentaire ne tourne plus autour de la prise de trois repas par jour à la maison. Actuellement, on peut manger où l’on veut : en cours de route, à la gare, en faisant son shopping. Les repas peuvent être consommés sur place ou emportés. Il est aujourd’hui beaucoup question de ‘share of stomach’, autrement dit de ‘part d’estomac’. Nous offrons le choix à nos clients : make it, take it or eat it. Les frontières entre magasins food et non-food s’estompent. Ces derniers proposent désormais aussi de l’alimentaire. »

 

Le magasin est beaucoup moins qu’avant un nœud logistique où les gens font une grande partie de leurs courses, a poursuivi le CFO de Jumbo. « Les magasins physiques remplissent un nouveau rôle : ils sont devenus un lieu d’expérience et d’inspiration. Il ne s’agit plus seulement de vendre des produits au consommateur. La digitalisation et l’e-commerce sont source de grands changements. Le blurring des différents canaux et l’influence de la technologie redéfinissent complètement les règles du jeu. Et cette tendance ne fera que se renforcer à l’avenir. C’est pourquoi nous allons aussi collaborer avec Facebook et Google. »

 

 

Après Ton van Veen, ce fut au tour de Marc Descheemaecker, président du conseil d’administration de Brussels Airport et de De Lijn, de prendre la parole. Il a parlé de l’influence de la politique belge sur le secteur du retail.

 

Marc Descheemaecker a vivement critiqué le processus de prise de décision politique et a beaucoup amusé le public en racontant que si tous les responsables de la mobilité du pays prenaient la route en même temps, ils causeraient un embouteillage. Une boutade, qui ne manque toutefois pas de vérité : le monde politique belge est tellement fragmenté qu’il est pratiquement impossible de mener une stratégie à long terme. L’orateur a comparé la situation belge avec celle des Pays-Bas, où les institutions formulent des plans à long terme dont la mise en œuvre est assurée par les gouvernements successifs. Une grosse différence avec notre pays, d’après Descheemaecker, où chaque gouvernement élabore ses propres plans et où les ministres – souvent avec l’appui d’énormes cabinets – dictent les décisions. Il en résulte une politique fragmentée, en décalage avec la réalité, estime Descheemaecker. Et autre conséquence : cette approche entraîne des compromis qui ne profitent à personne et qui font obstacle à une politique réellement cohérente.

 

 

 

 

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