Emploi : Comeos demande à tester de nouveaux modèles d’organisation dans le retail

Depuis 2008, 2.000 emplois ont été créé chaque année dans le secteur de la grande distribution. Mais la digitalisation et l’automatisation pourraient changer la donne. Dans ce cadre, Comeos demande de pouvoir tester, hors cadre de concertation sociale, de nouveaux modèles d’organisation. Une information de nos confrères de L’Echo.

 

Selon les résultats des enquêtes sur la force de travail d’Eurostat, le secteur du retail dans son sens le plus large (hors secteur automobile/motocycle) a enregistré une perte de 38.100 emplois entre le troisième trimestre 2014 et le troisième trimestre 2017. Mais cette baisse de l’emploi ne semble toutefois pas s’appliquer au commerce entièrement ou partiellement alimentaire.

 

En effet, Eric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG School of Management de Lille, a analysé les données publiées par l’ONSS, qui s’arrêtent au quatrième trimestre 2016. En étudiant les différentes commissions paritaires liée au secteur, L’Echo indique que la grande distribution alimentaire emploie environ 102.000 salariés. Du côté du commerce indépendant, l’emploi stagnerait depuis 2012, à 92.000 postes de travail. Selon Eric Dor, le secteur de la grande distribution entièrement ou partiellement alimentaire enregistre une progression de l’emploi en 2014, 2015 et 2016 : +2.689 emplois salariés. La progression a été de 1.048 au cours des années 2015 et 2016. En incluant la grande distribution non-food, la progression serait de 6.848 au cours des années 2014, 2015, 2016. 

 

Création d'emplois menacé par la digitalisation

 

Comeos, de son côté, confirme ces données, indiquant que depuis 2008, le secteur de la grande distribution crée environ 2.000 emplois par an. La fédération note toutefois un sérieux tassement en 2017 et craint pour l’avenir. Selon Comeos, la digitalisation et l’automatisation des entrepôts devrait prochainement peser sur des milliers d’emplois assez peu qualifiés. « Ils pourront éventuellement être réorientés vers de nouveaux métiers de l’e-commerce, comme les livreurs? En tout état de cause, l’évolution sera exponentielle, le rythme va s’accélérer et nous allons devoir nous adapter. C’est une question de survie pour notre secteur » indique Dominique Michel, CEO de Comeos à L’Echo.

 

Nouveaux modèles d'organisation

 

C’est pourquoi Comeos demande à pouvoir tester de nouveaux modèles d’organisation en entreprise. « Nous voudrions tester de nouvelles formules pendant deux ans avant de les faire valider par les partenaires sociaux. Aujourd’hui, il faut des années de négociation avant de pouvoir lancer quoi que ce soit. Le résultat, c’est qu’on arrive souvent trop tard. Il faut renverser le modèle actuel, faute de quoi nos entreprises risquent de rater le train de la nouvelle économie ».

 

Le SetCa nuance

 

Le SetCa a tenu à réagir aux propos tenus par Dominique Michel dans les colonnes de L’Echo. S’il ne conteste en rien les chiffres donnés par Comeos, le SetCa nuance: « Comeos indique que c'est peut-être la dernière année que l’emploi augmente dans le secteur. De quels types d’emploi parle-t-on? Dans la majorité des cas, ce sont des contrats précaires et à temps partiels. Les grands paquebots de la grande distribution restructurent ou voient leur emplois, notamment en CDI, s’éroder au fil du temps ».

 

« La création d’emploi est majoritairement liée aux nouveaux venus et à Colruyt »

 

Pour le SetCa, « Seule une poignée d’enseignes nouvellement venues sur le marché en Belgique viennent gonfler les chiffres de l‘emploi. On peut également relever que si de l'emploi à temps plein est majoritairement créé, c‘est dû essentiellement à un groupe qui continue à s’agrandir : le groupe Colruyt (qui engage des travailleurs à temps plein). Pour le reste, les nouveaux embauchés doivent se contenter d’un 18 ou 20 h h/semaine, dans un contrat extrêmement précaire ».

 

« Il est également intéressant de mettre en perspective ces chiffres au regard des salaires dans le secteur du commerce. Parce que la réalité, c’est que les travailleurs du commerce sont les nouveaux travailleurs pauvres. Avec 10 ans d’ancienneté chez Carrefour, une caissière (chef de famille avec 2 enfants à charge) gagne environ 1300€ net par mois pour un 24h/semaine (le contrat moyen). Un nouvel engagé au sein de l’enseigne doit se satisfaire d’un 20h/semaine pour un petit 1000€ net… Sans enfant, les salaires passent évidemment en-dessous de la barre des 1000€. Comment est-il possible vivre avec cela? » se demande le SetCa.

 

Quant à la demande d’expérimentation de nouveaux modèles organisationnel de Comeos, le SetCa se dit étonné. « Lors des dernières négociations sectorielles dans le commerce, les organisations syndicales avaient établi un cahier de revendications clair, présentant différentes pistes pour faire évoluer l’organisation du travail et faire face aux nouveaux défis qui sont aux portes de la grande distribution. En finalité, un accord restrictif où seuls des groupes de travail voient le jour (groupe de travail où aucune entreprise n‘est autour de la table, seuls les représentants de Comeos). »

 

Le syndicat regrette la déclaration de Dominique Michel selon laquelle des années de négociation seraient nécessaires pour mettre en oeuvre de nouveaux modèles, arguant qu’avec de la bonne volonté tout est possible. Et de rappeler que le SetCa est ouvert à toute discussion sans tabou.

 

 

Auteur: 

Carole Boelen

catégorie: 

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