Amazon réduit de moitié le délai de livraison et assoit sa position dominante

Dans les mois à venir, Amazon va considérablement développer la livraison ‘le lendemain’ aux Etats-Unis pour ses membres Prime. Aujourd'hui, aux Etats-unis, la livraison en deux jours est la norme. Les grands concurrents d'Amazon, tels que Walmart et Target, peuvent également offrir ce service sans qu'il soit nécessaire d’en être membre. Mais la réduction de moitié du délai de livraison est une très mauvaise nouvelle pour les petits acteurs.

 

C'est le directeur financier Brian Olsavsky, qui a rapporté la nouvelle presque "en passant" lors de la présentation des chiffres trimestriels aux analystes. Le nombre de codes postaux et la gamme d'articles pouvant être livrés en une journée seront considérablement augmentés au cours du deuxième trimestre. Dans certaines régions, ce service est déjà disponible pour les membres Prime, mais le périmètre sera largement étendu. Cela coûtera à Amazon pas moins de 800 millions d'euros d'investissement.

 

Walmart, le plus grand rival d'Amazon, livre les commandes en deux jours, sans abonnement, depuis 2017. La commande doit être supérieure à 35 euros. D'autres concurrents peuvent également offrir ce service, de sorte que la livraison en deux jours aux États-Unis est devenue la norme. En Europe, où le commerce électronique est encore dominé par des acteurs nationaux ou régionaux (dont Amazon, qui organise les ventes principalement au niveau national), la plupart des consommateurs bénéficient déjà de la livraison le lendemain. Mais dans un grand pays comme les États-Unis, l’exercice est plus difficile.

 

Paradoxalement, la démarche d'Amazon est défensive, car des concurrents comme Walmart et Target peuvent compter sur un vaste réseau de centres logistiques régionaux, ainsi que sur leurs magasins, pour livrer plus rapidement si nécessaire.... sans que les clients aient à payer un abonnement de 119 $ par année.

 

Réseau logistique propre

 

Mais ce coup est aussi offensif. Depuis un certain temps déjà, Amazon s'efforce de livrer plus rapidement : aux Etats-Unis, la société a construit tout un réseau de plus de 100 centres de distribution, investi dans ses propres avions, sa capacité de transport routier et ses services de livraison afin d'être moins dépendante d'UPS, FedEx et la poste américaine USPS.

 

En réduisant de moitié les délais de livraison dans la plupart des pays, Amazon vise non seulement à rendre plus attractif l'abonnement Prime (qui inclut des services de streaming pour la vidéo et la musique, etc.), mais aussi à couper l’herbe sous le pied de la concurrence.

 

Poussés vers la place de marché

 

Mais c’est surtout aux petits acteurs que la nouvelle risque de faire du mal… S'ils veulent également livrer "le lendemain" dans l'ensemble des États-Unis, ils doivent mettre en place leur propre organisation logistique finement maillée. C'est trop cher pour la plupart d'entre eux. La pression pour vendre via Amazon en tant que place de marché et pour confier leur distribution à ses centres d'exécution est rendue plus forte encore. Aujourd'hui, plus des deux tiers des produits qu'Amazon vend aux États-Unis sont proposés par des tiers qui gèrent souvent aussi leur distribution avec Amazon. La société perçoit des commissions sur les ventes ainsi que les revenus des services logistiques.

 

Encore plus dominant

 

Pour ces petits acteurs, il deviendra plus difficile de trouver une alternative, ce qui menace d'accroître encore l'emprise d'Amazon sur le commerce électronique américain. En 2018, sa part de marché était de 49,1%, comparativement à 44% en 2017. On s'attend à ce qu'il dépasse 50% en 2019. A titre de comparaison, selon eMarketer, la part de marché du numéro deux - eBay - était de 6,6% l'an dernier. Le numéro trois est Apple, avec 3,9 %. Walmart se classe quatrième avec seulement 3,7 %. Le numéro 5, Home Depot, détient une part de marché d'à peine 1,5 %.

 

La part des commerçants dans les ventes d'Amazon est également en croissance : l'an dernier, ils représentaient 68% du chiffre d'affaires. Selon eMarketer, il atteindra 70,7 % cette année.

 

Auteur: 

philippe.vandooren

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