L’opposition hollandaise à bpost était bien trop forte

Le projet d’acquisition de PostNL par bpost a été annulé en raison de la marche arrière, dimanche dernier, du conseil d’administration de l’entreprise néerlandaise qui a retiré le mandat confié à la direction. Si l’on en croit les informations qui ont filtré, deux éléments ont pesé sur cette décision : le prix d’une part et, de l’autre, le fait que bpost peut encore être considéré comme une entreprise d’Etat.

 

Selon le Financieel Dagblad, bpost était disposé à payer les actionnaires de PostNL 5,10 euros par action. A la clôture vendredi dernier, le cours était de 3,86 euros. Les Hollandais auraient souhaité plus de 6 euros par action. Selon le Vereniging van Effectenbezitters (VEB – association néerlandaise de petits porteurs), la valeur de l’action serait de 6,75 euros, compte tenu du dividende.

 

Selon d’autres sources, bpost offrait un montant légèrement supérieur à 6 euros, ce qui semble plausible. Mais aujourd’hui, il apparaît que la Royal Mail anglaise avait déjà fait une offre à 5 euros à l’automne 2015, montant jugé alors insuffisant.

 

L’offre de bpost consistait en 70% d’actions et 30% de cash, scénario qui aurait ramené la participation de l’Etat belge à 38,5% alors qu’elle est aujourd’hui de 50% plus une action.

 

Le conseil d’administration met fin aux négociations

C’est probablement l’une des raisons qui ont incité le conseil d’administration de PostNL à freiner des quatre fers. Il y a longtemps que PostNL n’est plus une entreprise d’Etat et le fait que le plus gros actionnaire de la nouvelle entité puisse être l’Etat Belge rebutait les Hollandais. Herna Verhagen, présidente du conseil d’administration, aurait même menacé de démissionner si la reprise devait se faire dans ces conditions.  

 

Le grand public a également joué un rôle non négligeable, dénigrant bpost et son actionnaire principal sur les réseaux sociaux. Que les négociations doivent se poursuivre la tête sur le billot après la sortie de l’ancien ministre Labille n’a pas non plus participé à leur sérénité. Il aurait fallu pouvoir préparer le public hollandais (et les syndicats belges), mais cette ‘opération charme’ aurait pris du temps.

 

Il est assurément dommage que l’accord ne se soit pas conclu. Car il y avait une logique derrière l’opération même si, il faut l’admettre, elle aurait davantage bénéficié aux Belges qu’aux Hollandais. Cette logique est essentiellement liée aux services de colis, en pleine expansion par la grâce de l’essor de l’e-commerce. Avec plus de 50% de parts de marché, bpost est leader belge mais aux Pays-Bas, où l’e- commerce est plus avancé et a déjà atteint un certain degré de maturité, PostNL est pour ainsi dire nulle part. Par contre, l’entreprise est très active en Belgique où elle peut se prévaloir de 10% de parts de marché et d’intéressantes perspectives de croissance.  

 

L’Europe

D’ailleurs, ces chiffres pourraient bien avoir fait avorter la transaction. On peut penser que la faute n’en revient pas aux actionnaires de PostNL mais à l’Europe, chien de garde en matière de concurrence. Car le rapprochement de bpost et de PostNL leur aurait permis de détenir 60% de parts de marché n’en laissant que 40% à la concurrence, DPD, GLS, DHL Parcel, DHL Express, UPS, FedEx,…

 

En d’autres termes, l’Europe aurait pu dénoncer une position dominante. Personne ne sait si ç’aurait été réellement le cas… 

 

Auteur: 

philippe.vandooren

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