Viande : répondre au moins par le mieux ?

Vaste sujet que celui du secteur de la viande ! Initiatives, concertation, pression sur les prix, bruit de presse : pour permettre une bonne découpe du sujet, nous sommes partis à la rencontre de Patrick Schifflers, Président de la Fédération Belge de la Viande (FEBEV). Extraits choisis du dossier « boucherie » de 13 pages, issus du Gondola Magazine janvier-février 2015.

 

Si le consommateur reste attentif au prix, il est aussi prêt à revenir au terroir, à l’authenticité, à la qualité, dès lors qu'on les lui propose. « La mise en valeur du produit est induite par le comportement du consommateur qui a tendance à se tourner vers d’autres viandes et fait ses choix de façon réfléchie », nous confirme Patrick Schifflers. « Chaque retailer y va aujourd’hui de son initiative. Nous observons une réelle volonté de diversité, d’offrir un large panel de choix aux consommateurs. Il n’est pas question de se battre sur le prix. L’ensemble de la chaîne souhaite offrir aux consommateurs des produits de qualité au juste prix de cette qualité. Si nous bradions la qualité de la viande pour en faire baisser le prix, le consommateur n’irait-il pas voir ailleurs ? », poursuit notre interlocuteur.

 

Pour répondre à la demande, les distributeurs proposent des produits toujours plus qualitatifs et responsables : la viande de porc « mieux pour tous » chez Delhaize, la mise en valeur de la viande de taurillons bleu-blanc-belge et des Filières Qualité chez Carrefour, La viande de vache de qualité supérieure chez Colruyt, la viande d’origine belge chez Lidl, etc.

 

 

Un esprit de concertation

En décembre, le syndicat néerlandophone ABS bloquait plusieurs centres de distribution : les dépôts Lidl de Saint-Nicolas et de Gullegem et le centre logistique de Renmans à Londerzeel. L'objectif? Attirer l'attention sur la guerre des prix « que mènent les grandes enseignes sur leur dos ». Il n'y a pourtant pas lieu de généraliser cette logique de confrontation, nous explique Patrick Schifflers : « Nous avons, en Belgique, créé un véritable espace de concertation. Il réunit l’ensemble des maillons de la chaîne, producteurs, transformateurs, distributeurs, et ouvre une discussion constructive autour des problèmes rencontrés, des prix du marché, des prix de revient, etc. Chacun prend en compte les remarques de l’autre, permettant ainsi la création de solutions adaptées. Les choses se mettent progressivement en place. Il est normal que certains puissent montrer des signes d’impatiente, mais on ressent une volonté de la part des retailers belges de s’impliquer de manière active dans l’agriculture locale ».

 

 

Cahier de charges Générique Viande Bovine

Parmi les réponses apportées lors de ces discussions, on notera la naissance du cahier de charges ‘Générique Viande Bovine’. « En concertation avec les différents maillons de la chaîne de transformation de la viande, nous avons mis en place un cahier des charges socle (GVB) qui rassemble les exigences communes à tous les cahiers de charges (Meritus, Blanc Bleu Qualité,…) et permet d’en simplifier la gestion pour les agriculteurs et les distributeurs».

 

Idées reçues

En 2013, le volume de vente de la viande bovine chutait de 7,9%. Cette spectaculaire baisse, on la doit notamment à un triple problème d’image : elle est perçue comme trop chère, néfaste pour l’environnement, mauvaise pour la santé. Des aprioris que Patrick Schifflers juge injustifiés : « Il y a là un malentendu. Les principales données qui appuient ces aprioris nous viennent tout droit des Etats-Unis. Or la production belge est différente. La viande bovine belge est par exemple beaucoup plus productive. Le rendement kg de viande produite / CO2 est de 20% inférieur à celui de l’étranger. Il en va de même des enjeux liés à la santé: la tranche de population qui consomme le moins de viande est celle qui en a le plus besoin: les femmes jeunes, chez qui on constate souvent une carence en fer et en zinc… Les reproches nutritionnels qu'on fait à la viande rouge viennent encore des USA, où la viande bovine affiche un taux de graisses de 18%, quand il se situe entre 1 et 3% chez nous ».

 

Pour mieux répondre aux préjugés qui courent sur la viande, et pour assurer une communication objective plus que nécessaire, Patrick Schifflers signale que l'ensemble de la filière exprime la volonté de mettre en place un centre d'information. "Il ne s'agit pas de créer un organe de promotion ou de défense, mais bien de prévoir un observatoire détaché de notre secteur, composé d'universitaires et scientifiques, capables de s'exprimer de façon indépendante et objective, de communiquer les informations tant à charge qu’à décharge du secteur."

 

Un business au goût douteux ?

Récemment, nos confrères de Trends titraient à la Une de leur hebdomadaire « la viande, un business au goût douteux », une couverture qui semblait promettre des révélations fracassantes. A y regarder de plus près pourtant, des nuances manquent à l’appel. L'article reprend essentiellement le réquisitoire dressé dans un livre par Pierre Hinard, ancien directeur qualité chez Castel Viandes, et licencié pour avoir dénoncé des pratiques de réemballe de produits avariés. Une situation certes scandaleuse, mais aussi très franco-française. 

 

Ce que confirme Patrick Schifflers: «  En France, la majorité du volume est proposée aux distributeurs en unités de vente consommateur, en barquettes si vous voulez. Alors qu’en Belgique, l’implication des retailers dans la transformation est considérable. Leurs acheteurs vont sélectionner les carcasses à l'abattoir, où elles seront marquées pour eux, et transformées sur mesure. C'est du travail à façon, suivant une logique qui n'obéit pas à la recherche de productivité. Les systèmes de fraude dont rend compte le Trends ne seraient comme tels pas pensables chez nous. Si de la réemballe de produits périmés avait lieu, ce serait le fait des distributeurs eux-mêmes, impliqués dans la transformation. Il serait pour eux suicidaire de risquer de la sorte leur image ! Bien sûr, vous ne pouvez jamais exclure qu'on identifie parfois un acteur aux pratiques condamnables, mais il s'agit de cas isolés qui ne doivent pas suffire à jeter le doute sur l'ensemble d'une filière particulièrement vertueuse."

 


Cet article est extrait du dossier "Boucherie" (13 pages) du Gondola Magazine de janvier-février. Vous n'êtes pas encore abonné? Cliquez ici!

 

                                

Auteur: 

Carole Boelen