Un nombre de vol en constante progression

Le montant des vols à l'étalage frise, de source policière belge, les 650 millions d'euros par an, soit quelques 2 millions d'euros par jour ouvrable. De quoi donner à tout commerçant le tournis.

"La crise économique que nous connaissons provoque une baisse du pouvoir d'achat et donc une recrudescence des vols. Mais il ne faut cependant pas attribuer cela à la crise seule. Les gens vivent en effet en général toujours au-delà de leurs moyens, en temps de crise ou en dehors. Et cela se prouve notamment par le type de marchandises qui disparait le plus souvent: Les produits de luxe, de marque ou trendy", nous explique Alain D'Haese, Marketing & Communication Manager chez G4S. Mais alors même que nous connaissons une augmentation de la démarque inconnue, les magasins s'équipent pourtant toujours plus de matériel de sécurité. "Il s'agit assurément d'un phénomène social. Le facteur de perte est en premier lieu couplé à la récession. Les clients ont, à l'heure actuelle, moins de scrupules à voler. On le voit d'ailleurs au fait que des produits d'une valeur relativement limitée sont également volés. Toutes les catégories de produits sont touchées et le voleur n'a plus de profil particulier. Il est possible que parallèlement à une amélioration de la technologie, les vols continuent d'augmenter. Mais ne pas investir dans la sécurité n'est pas une option", nous répond Dominique Reumers, Management Information Systems Benelux chez Checkpoint.

De plus en plus de violence
Non seulement les préjudices liés au vol augmentent mais il y a aussi une montée des vols avec violence souvent perpétrés par des bandes organisées toujours plus professionnelles agissant d'ailleurs la plupart du temps sur commande. Quel est l'impact psychologique sur le personnel? Comment se prémunir de ce type d'agissement et quel impact financier cela a-t-il sur un commerce? C'est ce que nous avons cherché à savoir.

L'impact psychologique
Ecoutons le témoignage de ce membre du personnel d'un magasin victime d'un braquage: "L'une de mes collègues m'avait déjà décrit une expérience similaire mais lorsqu'on la vit, tout est différent. Ils étaient trois et nous ont demandé, pistolet braqué devant nous, d'ouvrir nos caisses. En tout, trois caisses ont été vidées pour un montant de plus de 3200 euros. Je pense d'ailleurs qu'en ajoutant le manque à gagner lors de la fermeture du magasin qui a suivi l'événement, le point de vente a du perdre près de 5000 euros... Pour en revenir au fait, il est pour moi très difficile de mettre des mots sur l'émotion ressentie à cet instant", nous explique-t-il avant d'expressément ajouter "mais nous avons ensuite été bien entourés, et je sais aujourd'hui par des collègues qu'il n'en va pas de même partout! Il est pour moi inimaginable de laisser une personne qui a vécu ce type d'événement sans aide ni suivi. C'est pourtant ce qu'il se passe trop souvent ailleurs. La banalisation de la violence et de son impact qu'il soit moral ou physique est dangereuse car bien que mon histoire ait aujourd'hui deux ou trois ans, il m'est impossible de l'oublier."

88,8 milliards d'euros
Préjudice en Belgique: 1 milliard d'euros par an. Le Belux serait en effet le plus mauvais élève de l'Europe de l'Ouest en matière de "démarque inconnue". Au Belux, sur une période s'étalant de juillet 2010 à juin 2011, les commerçants ont perdu 1,47% de leur chiffre d'affaires, soit 915 millions d'euros, selon les chiffres révélés par le Centre For Retail Research. Nos voisins affichent quant à eux de meilleurs résultats. La Suisse et l'Autriche seraient les meilleurs élèves avec une perte de 1,04 % suivis de l'Allemagne avec - 1,20%. A l'échelle mondiale, la démarque inconnue a augmenté de 6,6%, l'équivalent de 88,8 milliards d'euros. Les produits les plus souvent volés sont les vêtements et accessoires, les cosmétiques/parfums/produits de beauté et de santé et les pièces automobiles/quincaillerie/outil de bricolage/matériaux de construction. Pourtant, 1/4 de ces produits restent non protégés. Certains produits comme le champagne sont quant à eux protégés par le fabricant avant même l'arrivée en magasin. En distribution, les produits les plus souvent volés sont les lames de rasoir/ produits de soin et de beauté, les alcools/tabac, le fromage/la viande fraîche, les laits maternisés/café/aliment pour animaux, et les CD et DVD.

Les détaillants européens investiraient dans la sécurité antivol pour un montant global de 8,4 milliards d'euros, soit une augmentation de 2% par rapport à l'année précédente. Pour décourager le vol, 95% de ceux-ci privilégient avant tout la formation du personnel. La seconde mesure la plus populaire (employée par 44% des détaillants), serait l'introduction de matériel et de logiciels. En troisième position, on retrouve l'engagement de plus de personnel. A échelle mondiale, 28,318 milliards de dollars sont investis dans la prévention des pertes. Le principal poste de dépenses concerne le personnel de sécurité. Les distributeurs européens ont dépensé 8 454 millions d'euros pour la sécurité et la prévention des pertes. Tandis que 5 938 millions sont investis dans la sécurité opérationnelle (salaires, transports de fonds, etc.)2 516 millions vont directement dans l'EAS (Electronic Article Surveillance), la vidéosurveillance et les systèmes d'information. En Belgique, nous dépenserions, selon Comeos, quelques 350 millions d'euros par an.

Démarque inconnue (Belux)
50,5% Vol à l'étalage
26,9% Vol par les employés
17,3% Erreur interne
5,3% Fraudes des fournisseurs

Montant moyen des vols (Europe)
93,85 € Vol à l'étalage
1381,40€ Vol par le personnel

Systèmes de protection utilisés
40,1 % EAS
34,2% Autres
25,7% non protégé

Investissement de prévention (Europe)
37% lié aux employés contractuels
30% équipement de sécurité
20,3% lié à la main d'oeuvre

219€
Chaque ménage belge et luxembourgeois a payé 219 euros de "taxe criminalité" en 2011 Les coûts de la criminalité en magasin doivent en effet être prélevés ailleurs. Chaque ménage européen paie donc 150 euros.

+ 6,5%
La démarque inconnue, soit les pertes engendrées par le vol à l'étalage, la fraude par les fournisseurs, le vol commis par le personnel et les erreurs administratives, a augmenté de 6,5% dans le Belux dans la période comprise entre juillet 2010 et juin 2011. Il s'agit là des plus hauts chiffres et augmentations de la démarque inconnue enregistrée par le baromètre du vol dans le commerce et la distribution depuis la première édition de l'étude (2001).

Vous retrouverez, dans notre magazine du mois de mai, la suite de notre dossier concernant la sécurité. Nous nous y sommes concentré sur les moyens de se prémunir contre le vol et la "démarque inconnue".


Auteur: 

Gondola Magazine