Un magasin très rock'n roll

Survivre quatre jours durant sur le camping d'un festival de rock n'a vraiment rien d'une sinécure. Surtout sous un soleil de plomb… avant qu'un orage ne vienne tout noyer sous 10cm d'eau! A l'occasion de quatre festivals d'été, Carrefour a décidé de participer au 'sauvetage des victimes' en installant un Express Festivalshop. L'objectif de ce magasin de proximité est d'apporter quelque (ré)confort aux festivaliers. Gondola s'est rendu à Rock Werchter pour voir comment le retailer convenience abordait les festivals.

A mon arrivée sur les lieux d'un des plus fameux festivals rock du monde, la chaleur est étouffante. Sur la chaussée de Haecht à Werchter, je croise deux festivaliers, manifestement de très bonne humeur, les bras chargés d'emplettes. Je ne suis pas le seul à les avoir remarqué, puisque quatre autres passants les arrêtent pour leur demander avec un délicieux accent scandinave "mais où avez-vous déniché un magasin pour acheter tant de bonnes choses?". Réponse: "un peu plus loin, à l'entrée du camping A3". C'est le plus grand camping du festival et c'est celui que Carrefour a choisi pour y installer, pour la deuxième consécutive, un immense Carrefour Express Festivalshop. Les temps héroïques, où frites et bière constituaient les seuls moyens de subsistance, sont décidément bien révolus. Le festivalier moderne dispose d'un vrai magasin de proximité et d'un choix énorme d'articles food et non-food. Un magasin taillé à la mesure du festival, bien entendu.

Dans les règles de l'art.

Le Festivalshop fait son apparition en 2008 sur trois festivals: le Graspop Metal Meeting, Rock Werchter et le Pukkelpop. Cette année, Carrefour a ajouté le Folkfestival de Dranouter à son agenda. Bien à l'abri dans la fraîcheur du magasin, Tine Nelissen (Coordinatrice External Communications & PR chez Carrefour Belgium) explique: "Notre objectif est d'offrir aux festivaliers une alternative aux frites, aux hamburgers, à la bière et au coca. Chez nous, ils trouvent une alimentation variée du type salades, snacks, pastèques, raisins, etc. Nous avons également un rayon viande. Il est plus important au Graspop et à Dranouter qu'à Werchter, parce que là-bas les barbecues sont autorisés. Nous vendons des packages-barbecue simplifiés – hamburgers et fines saucisses, faciles à manger dans une 'gamelle' de campeur - que nos clients peuvent accompagner de salades de pommes de terre, de risotto, de ravioli, bref, de pas mal de bonnes choses. Cette année, nous avons élargi notre offre avec des produits auxquels nous n'avions pas songé d'emblée, comme le beurre de cuisine. Nous n'avions pas non plus de confiture parce que les conditionnements en verre étaient interdits; nous avons résolu le problème en vendant des petites portions individuelles, pareilles à celles des hôtels. Idem pour le chocolat à tartiner." Le petit déjeuner est le repas qui, clairement, intéresse le plus le magasin… et ses clients. Deux fours permettent de cuire sur place le pain, les croissants et les petits pains au chocolat. Tine Nelissen poursuit: "Vous trouvez ici de quoi vous préparer un petit déjeuner comme à la maison: baguette, choco, lardons à rissoler, etc. Cette année, nous avons installé un four supplémentaire parce que nous savions que les baguettes allaient remporter un franc succès." Mais c'est dans une autre catégorie d'aliments que l'on trouve ce qui 'marche' le mieux: "Nous avons réalisé nos meilleures ventes avec les chips et, étrangement, les lards roses et blancs (confiserie). Je pense qu'il s'agit-là de produits qui tiennent bien au ventre et qui jouent sur l'aspect convenience."

Chaussettes sèches et préservatifs.

Si les rayons nourriture sont bien achalandés, le rayon boisson du Festivalshop se limite aux eaux et à l'Aquarius. Ce sont les deux seuls produits dont les prix sont plus élevés que dans les Express traditionnels. Tine Nelissen: "Vu que les sponsors des festivals sont très souvent de gros brasseurs ou de gros limonadiers, notre situation est un peu compliquée. Nous avons donc décidé de renoncer, notamment pour des raisons de sécurité, à la vente de boissons alcoolisées et de tabac. C'est très clairement indiqué à l'entrée. Au Graspop nous vendions de l'eau, du lait, du lait chocolaté, des jus de fruits et de l'Aquarius, mais à Werchter nous nous sommes limités aux eaux et à l'Aquarius, tous deux en bouteilles d'un demi-litre. Les prix de tous les produits autres que les boissons sont identiques à ceux de n'importe quel Carrefour Express. A Werchter, nous sommes tombés d'accord avec les organisateurs et le bourgmestre, pour aligner les prix de nos boissons sur ceux, plus élevés, de la concurrence." L'offre de Carrefour ne se limite pas à la nourriture et aux boissons. Lors d'un festival, il en faut bien plus dans les rayons à commencer par des articles de camping: tentes, piquets de tente, sacs de couchage, lampes de poche, gamelles, tapis de sol, etc. D'autres types d'articles sont indispensables aux festivaliers: ponchos pour la pluie, chaussettes sèches, cartes GSM, préservatifs, pharmacie, brosses à dent, etc. Il faut noter que la plupart de ces produits sont de marque Carrefour et que les marques A sont peu présentes. Quelle est la ligne de conduite de Carrefour? Tine Nelissen: "Le principe est simple: nous vendons nos MDD. Il s'agit d'un magasin Carrefour avec des produits Carrefour. Nous ne proposons de marques A que s'il n'existe pas d'équivalent Carrefour. Cette année par exemple, nous avons Kwatta et Tic Tac. Ce magasin doit d'abord servir à faire connaître notre concept et nos produits auprès du public. Et, en l'occurrence, le nombreux public des festivals est une cible qui nous intéresse. Nous possédons des produits de qualité qui, parfois, manquent encore de visibilité. Les festivals représentent donc une opportunité exceptionnelle de fidéliser une clientèle."

Pas un magasin de nuit.

Lorsqu'on parle de convenience, on parle aussi de flexibilité des horaires d'ouverture, surtout avec des festivaliers qui dorment très peu. Malgré tout, le Festivalshop n'est pas devenu un magasin de nuit, même si les heures d'ouverture tentent de coller aux allers et venues du public. "A Werchter, nous sommes ouvert de 8 à 23h, à l'exception de la première journée où les portes ne ferment qu'à 2h du matin. Nous avons remarqué l'an passé que de nombreuses personnes arrivaient très tard dans la soirée, après leur journée de travail, montaient leur tente et venaient ensuite demander à notre service de sécurité s'il était encore possible de faire quelques achats. Nous pourrions probablement rester ouvert toute la nuit, mais il faut le temps de ré-achalander les rayons, de nettoyer, de compter les caisses, etc. Lors de la première journée, l'ouverture des portes varie d'un festival à l'autre. Cela n'a pas beaucoup de sens d'ouvrir avant l'ouverture du premier camping, surtout au Pukkelpop et au Graspop où le magasin se trouve dans l'enceinte-même du camping. À Werchter, par contre, il est situé près de l'entrée." Il a fallu ouvrir une troisième caisse, une de plus que l'an passé. D'après Carrefour, les trois caisses ont enregistré près de 11.000 tickets en quatre jours. Mais ce qui réjouit le retailer, c'est l'enthousiasme manifesté par les festivaliers. Cela allait de 'c'est fantastique qu'une chaîne prenne enfin ce genre d'initiative' à 'content de pouvoir manger autre chose que des hamburgers' en passant par 'si j'avais su, j'aurais emporté beaucoup moins de bagages'. L'initiative devrait sans aucun doute prendre de l'ampleur dès l'an prochain. A Werchter, la zone réservée au camping est suffisamment grande pour accueillir plusieurs Festivalshops, mais l'idée n'a pas été retenue cette année. Tine Nelissen: "Il faut faire des choix. Nous n'avons fait construire qu'une seule tente, avec son mobilier, ses caisses, etc. et cette tente doit servir aux quatre festivals. Deux tentes signifient qu'il faut aussi doubler toute la logistique, ce qui n'est pas simple. Nous avons déjà décidé d'ajouter un festival supplémentaire à notre agenda de l'an prochain et nous jugerons, à la lumière des résultats, de l'opportunité de multiplier nos magasins."

Auteur: 

Gondola Magazine