Un choc pour le food retail

Jeff Bezos se demandait pas plus tard que hier soir via son compte twitter à quelle destination philantropique il pourrait employer sa fortune personnelle, donnée pour 85,2 milliards de dollars, et qui risque bientôt de dépasser celle de Bill Gates. Il vous est toujours loisible de lui formuler vos propositions en la matière. Mais pour ce qui est du trésor de guerre de son entreprise, Amazon, l'homme d'affaires n'a pas besoin de conseils: il sait parfaitement comment l'employer.

 

 

L'annonce qui vient d'être faite de l'acquisition de la chaîne de supermarchés bio Whole Foods Market pour la somme de 13,7 milliards constitue un tremblement de terre pour tout le secteur de la distribution alimentaire. L'idée de ce rapprochement avait circulé depuis 2016, et plus généralement, plus les mois passaient, plus tous ceux qui suivent ce marché considéraient l'acquisition d'un distributeur "brick & mortar" par Amazon comme inéluctable. Avec une capitalisation boursière de 400 milliards de dollars, le double de celle du N°1 mondial du secteur (Walmart), le géant de l'e-commerce de Seattle avait l'embarras du choix. Celui de Whole Foods est judicieux: forte personnalité et assortiment bio différencié gage de valeur perçue, affinité sociologique entre la génération des digital native et l'esprit bobo branché de la clientèle Whole Foods.

 

En s'offrant un distributeur alimentaire ayant pignon sur rue, Amazon vient de se créer une tête de pont physique sur le marché de la distribution alimentaire, qui va accélérer sa crédibilité sur ce terrain qu'elle n'occupe jusqu'ici qu'à travers le service Amazon Fresh. De quoi inquiéter les opérateurs classiques sur ce marché: Amazon peut ajouter à sa puissance financière à la fois sa domination du web marchand et les ressources technologiques qu'elle développe sans cesse pour se rapprocher des moments de vie du consommateur. On a beaucoup parlé d'Amazon Go, et de sa démonstration visionnaire d'un magasin sans caisse. On n'oubliera pas les boutons Dash, qui permettent au consommateur de se réapprovisionner du bout du doigt, ou d'Alexa, l'interface vocale intelligente qui a pour vocation de se greffer sur une foule de produits de votre quotidien.

 

Née de la vente de livres et CD, Amazon est devenue aujourd'hui ce que les créateurs facétieux des légendaires dessins animés de la série Roadrunner avaient imaginé avec "ACME Corporation", le logo qui apparaissait sur tous les pièges semés en pure perte par le coyote sur le trajet de l'oiseau supersonique. ACME, ou "A corporation making everything". Les ambitions d'Amazon n'ont plus de limites. Livres, musique, alimentation, hardware, véhicules automobiles, fusées spatiales. Ce n'est pas l'accès au marché de la distribution alimentaire qui allait lui faire peur. Et c'est plutôt l'entreprise de Jeff Bezos qui inquiète désormais beaucoup de monde dans le retail.  Comme le roadrunner évoqué plus haut, Amazon vient de donner un fameux coup d'accélérateur, sans qu'on sache si on pourra l'arrêter.

Beep beep.

 

 

Auteur: 

Christophe Sancy