Quand les Néerlandais parlent de fusion entre égaux...

Grande émotion lors de la reprise de Delhaize par son confrère néerlandais Ahold, puisque tel est bien la nature réelle de l'opération. Non seulement le prix d'achat (84€ net/action) se situe largement sous le prix estimé - autour de  100€ - par les experts financiers, mais différents éléments ne correspondent pas à la description d'une fusion "entre égaux ".  Petite collection de notes ou remarques que nous inspirent cette opération et ses conditions.

 

Delhaize n'a pas négocié en position de force

En ayant régulièrement fait grandir son parc de magasins en Belgique, Ahold a monté la pression sur Delhaize qui, fragilisé par de mauvais résultats en début 2015, par un plan de restructuration en Belgique difficilement négocié pied à pied avec les syndicats, par un actionnariat familial dispersé, et même par une amende pour accord sur les prix de près de 30 millions d'euros, est arrivé à la table de discussion en petite forme.
 

Pourquoi ce deal réussi-t-il maintenant alors qu'il a dans le passé échoué?

- L'élément familial n'est plus déterminant dans l'actionnariat de Delhaize. L'aspect émotionnel est évacué.  Les négociations se et plus de bonus pour les managers en poste. 
- Le prix de Delhaize (84€ net /action) est pour Ahold une aubaine. Même pour un Néerlandais ce n'est pas cher payé. 
- Le facteur culturel: ces négociations, commencées d'égal à égal, ont en réalité été conduites... entre Néerlandais.
- Un besoin de consolidation indéniable, dans un secteur à croissance organique limitée, avec une montée en puissance du Hard Discount, et un Albert Heijn qui fait peur en Belgique. Le mouvement est général en Europe.
- L'appui probable des Américains au sein de Delhaize Group pour trouver un accord rapide et efficace, sachant que c'est sur le nouveau continent que les synergies semblent les plus prometteuses.

 

Qu'est-ce qui va changer? 

Une stratégie à définir en Belgique pour le rôle respectif des magasins Albert Heijn et Delhaize. Si les deux marques sont maintenues, leurs zones de chalandise devront être "optimalisés". 
Un centre de décision qui s'éloigne de la Belgique. 

 

the winner takes it all...

- Un Headquarter à Bruxelles avait du sens, ne fut-ce que par souci d'équilibre "émotionnel". Delhaize n'a pu obtenir que le QG pour les activités Européennes. 
- Le nombre de postes à haute responsabilité dans Ahold-Delhaize est limité pour les "Belges".
- Les actionnaires de Delhaize peuvent-ils s'estimer lésés,  sachant que le titre est passé de 38€ à 84€ l'action en quelques mois depuis l'arrivée de Frans Muller? 
 

 

Quant à Colruyt, il pourrait bien être le dernier village Gaulois, encerclé par de grands groupes internationaux. Heureusement qu'il semble toujours disposer de la potion magique...

 

 

 

Auteur: 

Pierre-Alexandre Billiet