Quand la croissance cache un ralentissement

Chris Moris et ses ‘contradictions dans les termes’
Lorsqu'il y a quelques mois nous nous interrogions sur les responsabilités de la hausse des prix, Chris Moris, directeur général de la Fevia, nous avait apporté les réponses que nous attendions. A l'aube de 2012, nous nous demandons ce qu'il faut penser des catastrophes vécues l'an dernier et de celles que certains prédisent pour les douze mois à venir. Nous avons à nouveau fait appel à Chris Moris pour qu'il éclaire notre lanterne.

2011 fut, à tout le moins, une année agitée. Quels furent les pires moments ?
De manière très étonnante, la Belgique a été épargnée par les contaminations alimentaires, alors que certains de nos voisins, et plus particulièrement l'Allemagne, ont vécu une année cauchemardesque. En janvier, la contamination à la dioxine a conduit à la mise en quarantaine de plus de 1.000 exploitations agricoles. Et en été, nous avons dû déplorer le décès de 48 personnes, victimes de la bactérie EHEC. Je serais le dernier à affirmer que ce type de catastrophe ne pourrait se produire en Belgique. Quoi qu'il en soit, nous pouvons nous féliciter du système belge d'autocontrôle qui, combiné à une agence pour la sécurité alimentaire des plus performantes, est devenu au fil du temps un modèle pour le reste de l'Europe.

Comment voyez-vous l'évolution du secteur alimentaire en 2012 ?
L'industrie alimentaire peut se réjouir de l'intérêt croissant que lui accorde le gouvernement, les banques et les bureaux d'études. Cet intérêt se traduit par toutes sortes d'études et de plans d'action, notamment dans le cadre des Etats Généraux de l'Industrie. Ainsi, elle se voit reconnue comme l'un des principaux secteurs industriels du pays et l'un des employeurs les plus stables. La FEVIA a bien l'intention de profiter de cette atmosphère positive pour proposer sa propre radioscopie du secteur. L'objectif est de développer une stratégie de croissance propre au secteur, basée sur un sondage mené auprès des chefs d'entreprise.

La crise politique est-elle bien derrière nous ? En avez-vous ressenti les contrecoups ?
Le gouvernement en affaires courantes a assuré la continuité, permettant au pays de continuer à ‘fonctionner’. Il n'aurait pu être question pour lui de mettre en place une politique de rigueur pour relever les nouveaux défis auxquels notre société est confrontée. La longue impasse politique a indéniablement nui à l'impact du Plan National Nutrition Santé. Ce plan avait été lancé en 2005 pour lier la lutte contre le surpoids à ses conséquences dommageables pour la santé. Son avenir est resté longtemps incertain d'autant qu'il devrait, au moins pour partie, devenir compétence régionale. L'enquête de consommation alimentaire est, elle aussi, restée au frigo… Maintenant que l'obstacle communautaire semble franchi, j'espère que les choses vont rapidement se clarifier. Je profite d'ailleurs de l'occasion pour appeler les ministres régionaux compétents à se mettre sans tarder à l'ouvrage.

L'année a été également été compliquée au plan économique. Quelles conséquences pouvez-vous en tirer ?
Au plan économique, 2011 a été une année particulière. Tout avait bien commencé puisque l'industrie alimentaire sortait du trou avec une croissance de 12 à 13% de son chiffre d'affaires. Mais voila que de sombres nuages s'amoncellent à l'horizon 2012, même si les incertitudes que cette situation entraine n'ont pas encore trouvé leur traduction dans les statistiques du SPF Economie et dans les déclarations à la TVA. On peut donc en conclure que la consommation n'est pas encore trop affectée par la crise. Par contre, les choses se gâtent au niveau de la valeur ajoutée. Les fabricants ont de plus en plus de difficultés à maintenir leurs prix de vente alors que leurs frais augmentent. Le chiffre d'affaires est bien là mais, pour l'atteindre, les entreprises doivent lâcher du lest sur le prix et sur la valeur ajoutée, au détriment de leurs marges. Voila bien un élément de ralentissement dans un environnement où il est question de croissance...

Auteur: 

Gondola Magazine
Bord-Bia - FR - SIDE