Les titres-repas électroniques, un an plus tard…

Le marché en phase de transition
A l’automne dernier, le gouvernement accordait à quatre entreprises l’autorisation de lancer des titres-repas électroniques. Jusqu’alors, seuls des titres-papiers étaient émis par les valeurs sûres Edenred (ex-Accor) et Sodexo. Deux nouveaux-venus, Monizze et E-Kena (HighCo-Scan ID) les rejoignaient pour se disputer le marché des titres dématérialisés. Petit état des lieux après un an de titres-repas électroniques…

Voici un an, le gouvernement fit voter une loi permettant d’émettre non seulemet des titres-repas en papier, mais aussi leur équivalent électronique. Les acteurs de ce marché, Sodexo et Edenred, virent alors arriver en septembre 2011 deux nouveaux concurrents, Monizze et E-Kena. Le développement de ces titres-repas électroniques s’inscrivait dans la droite ligne de la politique de simplification administrative chère au ministre de l’Economie d’alors, Vincent Van Quickenborne. Les atouts des chèques électroniques ne sont pas minces. Ils sont plus sûrs, tant pour le consommateur que pour le commerçant qui les accepte. Et pour celui-ci, les aspects positifs sont évidents: moins de manipulations en perspective, et un paiement plus rapide. Plus besoin de recevoir des chèques-papier, de contrôler pour chacun de ceux-ci la valeur faciale et la date de validité, ni de les cacheter, rassembler dans une enveloppe et envoyer pour remboursement. Quant au consommateur, il n’a plus à craindre de perdre ou d’oublier ses titres-repas. Quelques jours avant leur date limite d’utilisation, il recevra un message l’invitant à utiliser ce crédit sans tarder.

Un an plus tard, les acteurs du marché se trouvent dans une phase de transition. Il a aussi été prévu par la loi de procéder à une évaluation trois ans après l'introduction, un examen auquel il est déjà question de procéder plus tôt. Dans l'intervalle, au titre électronique de se faire sa place à côté du titre-papier, puisque les distributeurs sont aujourd'hui amenés à accueillir aux caisses les deux types de formules: la naissance du titre-repas électronique n'a pas immédiatement mis fin au circuit papier.

Deux marchés

Les gestionnaires de cartes interviennent sur deux marchés distincts: le premier est celui de leurs clientes, les entreprises qui les attribuent aux membres de leur personnel comme rémunération complémentaire. L'autre est celui du réseau d'acceptation où ces titres peuvent servir à payer des produits alimentaires (magasins, mais aussi restaurants et foodservice). Côté entreprises clientes, Géraldine Reinarz (Sodexo) dit ne pas encore avoir constaté beaucoup de concurrence de la part des nouveaux acteurs. Ceux-ci visent davantage à élargir le marché. Ce sont aujourd'hui 30 à 40% des entreprises qui distribuent des titres-repas à leur personnel, et il s'agit principalement de grandes entreprises. Les petites sociétés entrent aujourd'hui dans le viseur des émetteurs de titres-repas, comme l'explique Tom Danau (E-Kena): "Les coûts des titres-papier étaient trop élevés pour les sociétés plus petites. Nous avons adpté nos tarifs aux PME. La plupart des sociétés qui s'engagent avec nous comptent en moyenne 20 membres du personnel. Un portefeuille de 150 clients représente donc rapidement un ensemble de 3.000 comptes de bénéficiaires actifs sur notre plateforme."

L'Etat ne peut pas contraindre les sociétés à opter pour la version électronique. Le personnel a le choix entre titres électroniques ou papier. Et c'est précisément dans les grandes sociétés que l'unanimité peine à se faire parmi le personnel. Tom Danau poursuit: "Si un membre du personnel choisit la version papier, nous n'entrons aussitôt plus en ligne de compte. Les entreprises de plus de 500 personnes éprouvent aussi plus de difficultés à harmoniser les choix; elles réagissent donc de façon plus conservative à la proposition du titre électronique. L'utilisation d'une carte fait encore peur à certaines personnes, qui préfèrent en rester au papier. Ce qui nous exclut alors du choix. Dans les PME, cette migration vers le titre électronique est plus facile."

Sodexo souligne que certains groupes préfèrent le papier: les ouvriers, et de façon très évidente, les salariés du secteur de la construction. Dans certaines entreprises, les ouvriers reçoivent des titres-papier, et les employés de bureau des cartes électroniques. "Nous ne poussons pas les entreprises à passer aux titres électroniques" commente Géraldine Reinarz. "Certaines d'entre elles utilisent les titres-papier de puis plus de 40 ans. C'est une évolution, pas une révolution."

Sodexo revendique aujourd'hui dans son portefeuille 750.000 bénéficaires de titres-papier pour 46.000 titres électroniques. Mais attend à l'automne une croissance de ces derniers. Chez E-Kina, on comptabilisait au début août 3.000 bénéficiaires, mais on croit également que le marché va s'étendre, et l'on mise sur 5.000 à l'automne. Tous les acteurs citent comme source d'optimisme le fait que les élections sociales étant passées, les syndicats vont pouvoir davantage s'occuper de titres-repas électroniques.

Grande Distribution

Les sociétés de titres-repas doivent aussi veiller à ce que ceux qu'ils émettent soient acceptés dans les commerces, et il était pour eux prioritaire que la grande distribution souscrive au système, 80% des chèques-papier aboutissant en réalité à ses caisses. Logique dès lors que ce canal fut très mis en avant lors du lancement.

L'effort se dirige aujourd'hui davantage vers les franchisés et les commerçants indépendants. Ecoutons Tom Danau: "Beaucoup de franchisés doivent encore s'affilier. Des tarifs spéciaux leur sont destinés, qui ont été définis en collaboration avec les différentes centrales des retailers. Une fois contactés, ils ne sont en général pas longs à franchir le pas. Pour les petits commerçants, c'est une autre histoire: ceux qui ne sont pas équipés d'un terminal de paiement restent sur la réserve, et ceux qui en disposent sont encore insuffisemment informés ou sensibilisés."

Les petits commerçants sans terminaux attendent une baisse de prix de ceux-ci et des coûts par transaction. Mais la nouvelle concurrence animant le marché a eu pour effet de faire baisser spectaculairement les frais de location des terminaux (passés de 60 à 100 euros mensuels voici un an à 30 euros aujourd'hui), tandis que les coûts de transcation évoluaient eux aussi à la baisse. "Le coût maximum d'une transaction avec notre carte de titre-repas électronique est de 17 cents, et encore s'agit-il du tarif s'appliquant aux plus faibles volumes" explique Tom Danau. "Ce coût est imputé par notre partenaire PayFair, dont le travail est de gérer le réseau de paiement sur ce volet de notre solution , celui du réseau d'acceptation. Notre propre métier est l'émission et la facilitation des titres-repas électroniques. Le coût par transaction a pu baisser par rapport aux tarifs précédemment en vigueur, parce que notre partenaire est un challenger dans un marché autrefois monopolistique. Le prix de toutes les transactions a dès lors évolué à la baisse dans tout le marché."

Petits commerçants

On s'aperçoit surtout que les petits commerçants franchissent enfin le pas vers l'acceptation des titres-repas électroniques, alors qu'ils avaient jusqu'ici refusé les titres papier. Chez Sodexo, on souligne que la première stimulation poussant le petit commerçant à l'acceptation vient du consommateur: "Certains commerçants n'ont même pas encore de terminal de paiement bancontact. Une solution a été prévue pour eux, avec une formule d'accès au prix très raisonnable. Sodexo a consacré un effort tout particulier pour convaincre ces petits commerçants au cours de l'été, avec une opération baptisée ‘Sodexo on the road’.” L'entreprise y souligne aussi les avantages du paiement électronique sur les plans financier et de la sécurité. "Les chèques ne doivent par exemple plus être envoyés et le remboursement intervient endéans les deux jours (il faut compter de 20 à 30 jours pour les chèques papier). Ces avantages pèsent lourd quand il s'agit d'accepter les coûts modestes à supporter pour accepter les chèques électroniques."

Sodexo poursuit d'ailleurs l'action, et communique sur les chèques-repas électroniques à travers les media des organisations représentatives des indépendants. Mais l'expérience prouve que le commerçant apprécie surtout une explication personnalisée, en face à face. Le représentant dispose de brochures pour mieux convaincre, remises avec le projet de contrat. "Tout le monde ne décide pas sur le champ", concède Géraldine Reinarz. "Certains préfèrent attendre encore un peu".

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Gondola Magazine