Directeur Recycling Netwerk

Rob Buurman

Vendredi, 22 Décembre 2017 - 8:49am

Les machines à consigne se transforment en machines à sous pour les distributeurs au bout de trois ans

Disons-le franchement. Nous comprenons très bien que la simple évocation du mot ‘consigne’ suscite la méfiance des distributeurs. Dans une branche où chaque chiffre après la virgule compte, tout le monde est sur ses gardes face au moindre poste de coût supplémentaire. Le système de consigne peut pourtant avoir des répercussions positives pour le secteur de la distribution. Telle est en tout cas la conclusion d’une fédération écossaise du retail à l’issue d’un examen approfondi des systèmes existants.

 

L’introduction de la consigne constitue en principe un poste de coût supplémentaire pour les distributeurs. Les machines ne sont pas bon marché. Il faut compter un investissement de 13 000 euros par machine, plus 10 000 euros pour un compacteur (qui peut éventuellement être connecté à plusieurs machines), plus les frais d’entretien. Les supermarchés assument donc, et de loin, la majeure partie des coûts.

 

La Norvège a par conséquent décidé de dédommager les supermarchés au moyen d’une ‘handling fee’ (sorte de commission). Les supermarchés perçoivent 2,09 cents par canette récupérée, et 2,61 cents par bouteille (chiffres de 2016). Vu qu’il est question de centaines de milliers de bouteilles et de canettes par machine, les revenus annuels s’élèvent à plusieurs milliers d’euros.

 

D’après Infinitum, le gestionnaire central du système en Norvège, les supermarchés rentabilisent leur investissement en environ trois ans. La durée de vie estimée d’une machine à consigne étant de sept à dix ans, cela signifie que les machines à consigne se transforment en véritables machines à sous pour les supermarchés norvégiens au bout de trois ans.

 

La handling fee est versée par le gestionnaire central du système et est financée par trois sources de revenus. Les fabricants paient 0,52 cent par canette et 1,59 cent par bouteille commercialisée. À cela s’ajoutent les revenus de la vente de PET et de métal de haute qualité. Enfin, il y a aussi les revenus provenant des bouteilles en plastique et des canettes qui ne sont pas ramenées au magasin et dont la consigne contribue au financement du système.

 

 

Achats d’impulsion

 

Le système de consigne présente aussi l’avantage de favoriser les achats d’impulsion. Les magasins investissent parfois des milliers d’euros dans leurs étalages, rien que pour inciter les clients à franchir leur seuil. La consigne exerce le même effet. Nombre de clients qui viennent rapporter leurs emballages de boissons vides achètent quelque chose « puisqu’ils sont quand même dans le magasin ». Les clients ramenant des emballages consignés dépensent entre 15 et 52 % de plus que les autres clients, révèle une enquête de TNS Gallup réalisée à la demande de Tomra aux Pays-Bas, en Norvège, en Suède et en Finlande. De plus, 57 % des clients choisissent entre autres leur supermarché sur base de la qualité de l’infrastructure de consigne, nous apprend The New York Public Interest Research Group.

 

Le système de consigne permet au commerçant de renforcer ses liens avec les clients. Il peut ainsi se démarquer des fournisseurs en ligne. Le client ne peut pas remettre ses vidanges au coursier de PostNL, DHL ou UPS se présentant à sa porte. En revanche, il peut les rapporter à son magasin local. C’est là un avantage unique pour les distributeurs locaux dans la concurrence impitoyable qui les oppose au commerce en ligne.

 

De plus en plus de clients accordent par ailleurs de l’importance au respect de l’environnement. Ils ne peuvent donc qu’apprécier la démarche des distributeurs qui adoptent la consigne. L’avantage en termes d’image est encore plus flagrant pour le first mover. Souvenez-vous de la publicité positive dont a bénéficié Aldi aux Pays-Bas lors de la suppression des sacs en plastique. 

 

 

La consigne est tendance

 

Il est intéressant de savoir que les distributeurs actifs dans les pays où la consigne est en vigueur sont beaucoup plus positifs à l’égard du système. LIDL par exemple a bouclé la boucle et en est fière. L’enseigne dispose des installations nécessaires à la production, au remplissage et au recyclage des bouteilles. Elle parvient ainsi à produire ses bouteilles à partir de 50 % de matériau recyclé minimum. Aucun producteur n’en fait autant en Belgique. Et sans consigne, il est illusoire d’espérer un jour y arriver.

 

L’Écosse et Malte ont introduit la consigne début décembre et il y a de grandes chances que le reste du Royaume-Uni et les Pays-Bas suivent le mouvement. La Commission européenne a récemment organisé la première réunion d’intervenants autour du thème de la consigne.

 

Il s’agit là d’une évolution logique, qui s’inscrit parfaitement dans le concept d’économie circulaire. Cette thématique servira de baromètre des ambitions de la Belgique et de la Flandre à jouer un rôle précurseur en la matière. Il est temps que les supermarchés et les producteurs de boissons posent d’autres choix. Nous savons que la consigne suscite aussi des réactions positives de la part du secteur. Le système est rentabilisé en trois ans, fidélise la clientèle et contribue à l’image respectueuse de l’environnement. Aux pionniers de l’économie circulaire de jouer !

 

 

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