Le retail belge a bien travaillé

Avant de se lancer dans une analyse sérieuse d'une année 2011 marquée par la crise et de se risquer à imaginer ce que 2012 pourrait bien réserver au retail, il vaut mieux commencer par écouter quelqu'un qui jongle quotidiennement avec des chiffres objectifs. Jürgen De Mesmaecker, puisque c'est de lui qu'il s'agit, est Business Unit Manager CE/Telecom & Retail Manager de GfK Retail and Technology Benelux. Il s'est gentiment prêté au jeu de l'interview pour nous aider à mieux comprendre le passé et à décoder le futur.

2011 a été une année pour le moins chahutée. Quelles conclusions en tirez-vous pour le retail ?
2011 a avant tout été imprévisible et versatile. En sept ans de travail au sein de l'unité Retail and Technology de GfK, je n'ai jamais entendu autant de prospectives aussi divergentes en début d'année pour, au bout du compte, en arriver à un bilan plutôt positif douze mois plus tard.

Un bilan positif, vraiment ? Voila une bonne nouvelle. La Belgique serait-elle le bon élève de la classe ?
Si l'on compare les résultats du retail belge avec ceux affichés par nos voisins, alors oui, le bilan est positif. En dépit de l'accumulation de nuages noirs et de la menace qu'ils ont fait peser sur le retail, en dépit aussi des prédictions pour le moins alarmistes de quelques spécialistes parmi les plus éminents, le marché a légèrement progressé par rapport à l'an dernier. Notre marché Technical Consumer Goods, sur lequel GfK Retail and Technology opère, fait partie du top 3 des Best Performing Countries d'Europe Occidentale et du Sud. Les économies de pays comme l'Espagne, le Portugal ou la Grèce ont subi de sérieux mécomptes, entrainant un recul à deux chiffres du retail. Et leur situation ne devrait pas s'améliorer dans l'immédiat. Le retail de poids lourds comme la France ou la Grande-Bretagne est, lui aussi, dans le rouge et cela nuit incontestablement à l'ensemble de l'Europe. Dans le sillage de l'Allemagne et des Pays-Bas, nous tirons la moyenne européenne vers le haut et nous pouvons en être fiers !

Comment expliquer ce bilan positif ?
A mon sens, l'évolution que nous avons connue en 2010 constitue l'une des principales raisons de ce bon résultat. Cette année-là, le consommateur s'est montré beaucoup plus prudent dans sa manière de gérer ses dépenses et, sur le plan de l'anticipation de cette évolution, le retail belge s'est retrouvé parmi les cancres européens. Nous n'avons pas commis la même erreur en 2011, anticipant mieux les évènements.

Après ce bilan, tournons-nous vers l'avenir. Que nous réserve 2012 ?
Je pense qu'au niveau européen, la ‘grosse claque’ doit encore venir. Je ne crois pas que, si l'on ne change pas la manière de faire, l'Europe réussisse à sortir de l'ornière. On ne peut continuer à boucher les trous comme on le fait aujourd'hui. A terme, c'est tout simplement intenable. Ceci étant, il est inutile de dramatiser la situation. Il coulera encore beaucoup d'eau sous les ponts avant que nous n'abandonnions l'euro. Mais nous allons devoir être extrêmement attentifs à l'évolution du continent asiatique. L'économie chinoise prend une telle ampleur qu'il faudra nous armer pour éviter d'être submergés par un véritable tsunami. Je suis convaincu que 2012 sera plus périlleux que 2011. Nous serons partiellement entrainés par la spirale négative du sud de l'Europe et cela touchera directement le consommateur belge au portefeuille.

Quels outils Gfk utilisera-t-il pour mesurer objectivement cette analyse ?
Pour étayer notre analyse par des faits solides, nous allons étendre le champ de nos services pour nous intéresser à des domaines dans lesquels nous ne nous étions pas encore investis comme, par exemple, le monde de la mode. Nous allons également tenter de décrypter le comportement du consommateur belge en matière de voyages. Le tourisme est un secteur particulièrement sensible aux soubresauts économiques. En fournissant aux différents acteurs des clés pour comprendre le marché, ils pourront adapter leur offre.

Sur le plan politique aussi, 2011 fut une année agitée. Quelles conséquences cette instabilité a-t-elle eu pour le consommateur belge ?
L'an dernier, on s'est beaucoup gaussé de l'incapacité de nos politiques à former un gouvernement et des péripéties qui ont entouré les négociations. Cette situation a évidemment affecté le consommateur belge. En semant constamment le doute, en insistant lourdement sur le côté négatif des choses, on ne l'a pas incité à dépenser. Force est pourtant de constater que l'on a trop noirci le tableau et que le retail belge a réussi à attirer le chaland. Le jeu s'est souvent joué rue de la Loi, mais ‘l'homme de la rue’ y a été relativement indifférent. Pourtant, l'indifférence n'est pas forcément meilleure que le négativisme et je reste persuadé que nous serions sortis plus rapidement de l'impasse si nous, citoyens belges, avions exprimé notre mécontentement de manière plus radicale. Mais nous sommes trop ‘gentils’ pour cela et, par ailleurs, le concept de solidarité n'a pas la même résonnance chez nous que dans les pays du sud.

La crise politique est-elle réellement derrière nous ?
Je n'en suis pas si sûr. Je donne sa chance à ‘Di Rupo I’, mais je crains fort que ce gouvernement n'atteigne pas la fin de la législature. Les partis de la coalition gouvernementale ont abouti à un accord que je qualifie d'artificiel. En effet, comment trouver un consensus alors que les intérêts sont à ce point divergents ? Les uns acceptent presque volontiers un vin coupé d'eau, alors que les autres doivent se satisfaire d'eau tout juste teintée… Combien de temps ‘les autres’ vont-ils s'en contenter ?

Et la crise économique, quand pourrons-nous dire qu'elle est définitivement derrière nous ?
Contrairement à la crise politique qui semble être bel et bien finie, la crise économique risque de se prolonger encore. Les six premiers mois de l'année nous permettront de mesurer l'ampleur qu'elle prendra chez nous. Allons-nous suivre le mauvais exemple de la Grèce, de l'Espagne ou du Portugal, ou allons-nous garder un minimum de contrôle pour rejoindre des eaux plus calmes ? C’est paradoxal, mais une telle instabilité économique favorise un business comme le nôtre. En effet, pour fonder ses prises de décision en période de basse conjoncture, il y a davantage besoin d'informations parfaitement étayées sur les marchés que ce n'est le cas en période plus favorable. Car, en l'occurrence, la moindre erreur se paye au grand comptant. Pour notre part, l'année 2011 a été bonne et nous chercherons à consolider notre position. Nous sommes convaincus que nos clients souhaitent continuer à progresser et que, pour ce faire, ils feront appel à nos services.

Enfin, pour prendre congé sur une note plus personnelle, qu'avez-vous prévu pour les fêtes de fin d'année ?
Traditionnellement, Noël est une fête de famille. Pour ma part, j'aime tout autant les semaines qui précèdent Noël que l'atmosphère qui règne au moment où nous nous réunissons autour d'une bonne table. Et ces moments, j'aime les partager avec ceux qui me sont chers. Pour le passage à l'an neuf, je n'ai pas vraiment de tradition : certaines années je suis sur mes skis, d'autres je me prélasse sur une plage mais je peux tout aussi bien rester chez moi pour partager le champagne avec quelques amis. Cette année, nous avons réservé un restaurant pour un groupe d'une cinquantaine de personnes.

Auteur: 

Gondola Magazine
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