Le kiwi, un fruit qui gagne à être connu

Kiwi

Exceptionnel concentré de vitamines, source de minéraux, de potassium et de magnésium, le kiwi est un fruit étonnant à plus d’un titre. La saison ‘européenne’, qui s’étale de la mi-novembre à la fin mai, vient de commencer. Belle occasion de nous intéresser à cette petite bombe de saveurs qui fait de plus en plus d’émules.

 

Pour nous éclairer sur le sujet, nous avons sollicité Julien Pédelucq, spécialiste du kiwi, s’il en est. En effet, l’homme est notamment, coprésident du BIK (Bureau National Interprofessionnel du Kiwi, à Toulouse) et président de la SIKIG (Société Internationale de Kiwi des Gaves, à Labastide Villefranche près de Pau). Pour mieux situer encore son expertise, son père Henri Pédelucq fut, dès les années soixante, le premier en Europe à se lancer dans la culture du kiwi à fin de commercialisation.

 

La production

Découverte par un père jésuite, la ‘groseille de Chine’ a été rapportée en Europe en 1750 comme fleur ornementale – l’acindata – sans que personne ne songe à s’intéresser à ses fruits. Ce n’est qu’au 20ème siècle, en 1960, que les Néo-Zélandais lui ont donné le nom de kiwi, par analogie avec un oiseau rond et velu, une espèce endémique de l’île. Véritable pionnier de la culture du kiwi, la Nouvelle-Zélande n’est évidemment plus le seul pays producteur. Julien Pédelucq: « Aujourd’hui, la production mondiale s’élève à quelques 2,5 millions de tonnes par an. Les chiffres de la production chinoise ne sont pas fiables à 100%, mais elle avoisinerait le million de tonnes, voire plus encore, plaçant la Chine au premier rang des plus gros producteurs. Suivent l’Italie (430.000), la Nouvelle-Zélande (360.0000), le Chili (200.000), la Grèce (120.000) et la France (60.000). » Il existe de nombreuses variétés de kiwi mais l’Hayward est de loin la plus répandue. Depuis quelques années, une variété à chair jaune dorée a fait son apparition sur les étals, le Zespri, à la peau totalement lisse.

 

La culture

Le kiwi est le fruit non pas d’un arbre ou d’un arbuste mais bien d’une liane. Sa culture exige un climat particulier, humide et chaud. Si nous trouvons du kiwi toute l’année dans nos magasins, c’est que sa culture se partage entre les deux hémisphères. « En Europe, la zone géographique la plus propice est une bande d’une épaisseur de 150 à 200 kilomètres qui court d’ouest en est, du Pays Basque à la Grèce en passant par l’Italie. Au nord de cette bande le climat est trop froid tandis qu’au sud il est trop sec. » Si le plant de kiwi ne craint pas le gel en hiver, il lui est fatal au printemps et à l’automne, soit au moment de la montée de la sève et juste avant la récolte. Notre interlocuteur poursuit: « Pourtant, il a besoin d’une certaine fraicheur pour se reposer : de l’ordre de 900 heures par an (une quarantaine de jours) en dessous de 7°C pour ce que l’on appelle le ‘repos végétatif’. Cette période, qui favorise la bonne floraison, lui est aussi indispensable que le sommeil l’est à l’être humain. » Jolie comparaison…

 

Critères de qualité

La qualité d’un kiwi se mesure à son taux de matière sèche, c’est-à-dire à tout ce qui n’est pas de l’eau. Cette matière renferme ce qui fait la richesse et la saveur du fruit : sa teneur en sels minéraux et en sucre. Elle s’acquiert tout au long de l’année. Plus on repousse la date de la récolte – avant les premières gelées ! – plus le taux de matière sèche est élevé. « Il faut savoir que différer la récolte d’une quinzaine de jours, permet d’augmenter le taux de matière sèche de 15 à 20%, ce qui est énorme. Le climat dont nous bénéficions dans le sud-ouest de la France nous permet de flirter avec les limites mais nous devons être extrêmement attentifs à la météo car une nuit de gel pourrait gravement compromettre le travail d’une année » souligne encore Julien Pédelucq.

 

Le modèle ‘club’

La mondialisation est un fait avec lequel tous les secteurs doivent composer, celui du kiwi comme les autres. Le kiwi vert n’appartenant à personne, il est la propriété de tous, avec pour conséquence une grande disparité au niveau de la qualité. D’où l’idée de créer un ‘club’ qui regroupe un certain nombre de producteurs ayant des objectifs de qualité précis et qui valorisent cette qualité dans des circuits commerciaux adaptés. Chez nous par exemple, la pomme Pink Lady est produite par un club restreint. « Il y a une dizaine d’années, des producteurs néo-zélandais ont mis au point une nouvelle variété de kiwi, le Zespri. Pour poursuivre l’analogie avec la pomme, le Zespri est au kiwi vert ce que la Granny Smith est à la Golden. Sa chair est de couleur jaune citron et son parfum est très différent, plus sucré et moins acide. Sa peau est aussi parfaitement lisse.» Inventeurs de cette nouvelle variété, les producteurs néo-zélandais ont ‘coopté’ d’autres producteurs à travers le monde, dont quatre en Italie et deux en France. Mais quel est l’intérêt d’un tel club? « Le club permet de protéger le nouveau fruit puisque l’autorisation de sa production est limitée. Il y a donc un contrôle très strict de la qualité mais également une maîtrise des volumes. Au final, tout le monde est gagnant : le consommateur qui est sûr de la qualité de ce qu’il achète, les distributeurs qui leur offrent un produit qui a une vraie plus-value et les producteurs qui obtiennent une rémunération correcte de leur travail. »

 

Le marché belge 

C’est par le port de Zeebrugge que transitent les kiwis des antipodes. Pour le reste, friands de kiwis, nous importons également près de 5.000 tonnes du sud-ouest de la France. « Le marché belge est demandeur de produits de qualité et, notamment, de produits issus de l’agriculture bio comme les nôtres. La grande distribution n’est pas étrangère au succès croissant du kiwi. Voilà une dizaine d’années que nous travaillons main dans la main. Nous fournissons plusieurs marques de distributeurs et, en échange, la grande distribution mise également sur la promotion des marques. Le deal est profitable aux deux parties". Le marché recense trois catégories : l’entrée de gamme avec des fruits de petit calibre produits en Italie et en Grèce, le coeur de cible avec des produits de qualité mais non labellisés et le ‘top’, des produits bio et labellisés.

 

Un produit santé

Enfin, et ce n’est certes pas le moins intéressant, comment ne pas évoquer les bienfaits de la consommation du kiwi sur la santé ? Bien sûr ce n’est pas un médicament mais, comparé à d’autres fruits, ses apports sont importants¿: vitamines (C, E, B9), minéraux, potassium, magnésium, fibres alimentaires, antioxydants, chlorophylle… Les recherches cliniques ont démontré que sa consommation avait un effet bénéfique à tout âge. « Très peu calorique, il s’inscrit parfaitement dans un régime alimentaire léger et tonifiant. Mais au-delà, considérons le kiwi pour ce qu’il est : un aliment très savoureux tout au long de l’année,» conclut Julien Pédelucq.