Invendus: Le débat se poursuit

Six députés wallons PS ont déposé, comme nous vous l'annoncions le mois dernier, une proposition de décret visant à imposer légalement aux distributeurs le don de la totalité de leurs denrées alimentaires invendues mais utilisables à des associations caritatives. En cas contraire, les grandes surfaces risqueraient de perdre leur permis d'environnement.

 

Pour rappel, chaque année 660.000 tonnes de denrées alimentaires sont jetées à la poubelle. Or près de 200.000 personnes ne disposent pas d'une alimentation suffisante. Ce gaspillage est essentiellement à imputer aux ménages (25%), mais le monde de l'horeca et de la restauration collective sont également concernés. 2,5% de ce gaspillage est quant à lui attribué à la grande distribution.

 

En clair, les députés wallons souhaitent conditionner l'octroi du permis d'environnement à la redistribution des invendus alimentaires utilisables. Un point de vente ne proposant donc pas systématiquement ses denrées consommables invendues à une ou plusieurs association se verra refuser son permis d'environnement.Malika Sonnet, Hugues Bayet, Marc Bolland, Isabelle Simonis, Olga Zrihen et Daniel Senesael s'inspirent ici de l'exemple d'Herstal où le bourgmestre Frédéric Daerden et le collège ont conditionné le renouvellement du permis d'un magasin Carrefour à la distribution de ses invendus.

 

Contacté par nos soins, Ann Nachtergaele, Directrice Environnement et Energie de la Fevia, a accepté de s'exprimer sur le sujet: "Cela part très certainement d'une bonne intention, le sujet est important, mais ce projet n'est pas clair. Il part de statistiques mélangeant tant les déchets organiques que les déchets alimentaires. Le don de produits alimentaires s'organise déjà de manière régulière au sein des magasins locaux et des centrales. On part ici de faits isolés pour en faire une généralité. Or les distributeurs font déjà ce qu'ils peuvent. Il est important de travailler sur la sensibilisation, sur l'information. Il faudrait pouvoir mettre en contact les différents acteurs et leur offrir des solutions concrètes et pratiques au lieu d'imposer un don sous peine de ne plus avoir droit au permis d'environnement".

 

La fédération de la distribution Comeos et les ministres flamands, bruxellois et wallons en charge de la Lutte contre la pauvreté présenteront une initiative dans le but de stimuler le secteur de la distribution à prendre des mesures pour le don de leurs surplus alimentaires. Comeos rappelle que les distributeurs collaborent déjà avec les banques alimentaires. Mais il s'agit avant tout pour Comeos d'assurer la traçabilité des produits.

 

Pour l'Aplsia (Association Professionnelle du Libre Service Indépendant en Alimentation), il ne faudrait pas arriver à une différenciation entre nourriture du riche et nourriteure du pauvre. Il est selon l'Aplsia difficile de concilier le don systématique d'invendus aux associations caritatives avec les objectifs de sécurité alimentaire de l'Afsca. "Cette proposition de décret ignore l'Afsca qui lutte pour protéger le consommateur. D'un côté, on vendrait à ceux qui en ont les moyens des produits dont la sécurité de la chaîne alimentaire est respectée. D'un autre, on proposerait aux plus démunis des produits dont les normes ne sont plus contrôlées. C'est inacceptable", explique Yves Noirfalisse." Il ne faut pas instaurer une différence de qualité entre l'alimentation des pauvres et des autres. Le droit à la santé est indépendant de la situation socio-économique." L'asbl met également en avant le côté flou du décret. Il n'est pour l'instant pas question des coûts supplémentaires pour les franchisés. La gestion supplémentaire des produits ayant atteint la date limite de vente ou en passe de l'être devrait inévitablement ajouter un coût qui pourrait alors être répercuté sur le consommateur.

 

Les distributeurs s'expriment sur le sujet

 

De son côté Colruyt, qui avait mis en place un système lui permettant de réduire son impact environnemental grâce aux produits non collectés par les banques alimentaires, ne soutient pas le projet des députés wallons. "Les produits qui ne sont pas collectés au profit des banques alimentaires sont détruits et méthanisés. Cela nous permet de réduire notre impact environnemental en produisant de l'énergie verte. Lier le don de denrées alimentaires à l'obtention d'un permis d'environnement ne nous parait pas être une bonne mesure", explique le groupe. Chez Colruyt, les collectes en magasins n'existent pas. Tout est centralisé dans le centre de distribution, où les banques alimentaires viennent retirer deux à trois fois par semaine les denrées excédentaires. En 2011, le groupe a donc donné près de 240 tonnes de produits alimentaires aux banques alimentaires. Colruyt rappelle également que des initiatives existent dans ses magasins pour collecter des fonds destinés aux banques alimentaires.

 

Cinq supermarchés Delhaize en Flandre collaborent quant à eux déjà avec un organisme de bienfaisance dans le but de récuperer les denrées alimentaires fraîches. Ce projet serait sur le point de s'étendre à Herstal. Chaque après-midi, une organisation caritative se rend dans l'un des cinq Delhaize concernés pour récupérer les aliments frais sur le point de dépasser la date de péremption, des denrées non périssables stockées dans la réserve et du pain entreposé sans le congélateur. La chaîne étendra prochainement ce projet à dix autres enseignes en Flandre. Delhaize collabore également, à Bruxelles, avec des organisations de bienfaisance.

 

Chez Carrefour, on collabore déjà depuis plusieurs années avec les banques alimentaires et épiceries sociales. Cette démarche s'effectue tant au niveau des magasins qu'à celui des centrales de distribution. "En dehors des produits que l'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) nous interdit de donner, à savoir majoritairement la viande et le poisson, nous donnons la majorité de nos denrées excédentaires", précise Vera Vermeeren, porte-parole de Carrefour Belgium. Pour le groupe, la proposition est positive puisqu'elle permettra à des personnes d'acquérir des produits qu'ils ne peuvent se payer. Néanmoins Carrefour espère que ce projet ne sera pas source de problèmes logistiques supplémentaires.

Auteur: 

Gondola Magazine

catégorie: 

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