General Manager FEVIA

Chris Moris

Lundi, 19 Décembre 2016 - 12:34pm

Il faut être ouvert

« Ouvert, ouvert, il faut être ouvert… » chantait Thé Lau, un célèbre chanteur d'outre Moerdijk. L'industrie agro-alimentaire belge aimerait que ce message puisse à nouveau se faire entendre après une année où le mot ouverture a semblé disparaître du vocabulaire…

 

2016 fut une année éprouvante. Avec ses bureaux distants de quelques centaines de mètres de la station de métro Maelbeek, la FEVIA a presque physiquement ressenti le choc des attaques dont notre pays a été victime le 22 mars. Mais c'est l'ensemble de l'industrie agro-alimentaire belge qui a été touché par l'onde de choc. Le succès de nos produits, tant en Belgique qu'à l'étranger, est en effet indissociable de l'image de notre pays. Ce n'est pas un hasard si l'industrie agro-alimentaire belge promeut la qualité, la diversité et l'inventivité de ses produits au travers de la marque Food.be et avec un slogan particulièrement évocateur : ‘Small country. Great food.’

 

Cette tribune est en quelque sorte un plaidoyer pour un monde plus ouvert et dans lequel les entreprises agro-alimentaires belges pourraient faire valoir ce qui fait leur force : la qualité, la diversité et l'inventivité. Le protectionnisme qui se fait jour en Europe constitue une réelle menace pour leur avenir. L'expérience française de l'étiquetage indiquant le pays d'origine est, ni plus ni moins, l'expression de ce que nous appelons aujourd'hui le gastro-nationalisme.

 

Il est incompréhensible que la Commission Européenne autorise ce genre de pratique, en contradiction avec les principes de base d'un marché européen ouvert. La situation est d'autant plus grave que d'autres pays emboîtent le pas à la France : l'Italie a sollicité de la Commission Européenne de pouvoir appliquer une mesure identique tandis que la Roumanie a décidé que 51% des produits alimentaires vendus dans ses grandes surfaces devaient être d'origine roumaine. Cette tendance des plus grandes économies de l'Union à protéger leur marché intérieur porte clairement préjudice aux petits pays, dont nous faisons évidemment partie. Small country. Great food. En effet.

 

L'exportation est le moteur de la croissance de l'industrie agro-alimentaire belge. Une croissance remarquable ces dernières années, notamment vers la Grande-Bretagne (+ 6% en 2015) et le Canada (+ 8% en 2015). Dans ce contexte, le Brexit et les tentatives de bloquer le CETA sont des freins potentiels à la croissance de la seule industrie qui, ces dernières années, a su préserver l'emploi. Il est un signe qui ne trompe pas : deux mois après le referendum sur le Brexit, nos exportations vers la Grande-Bretagne ont chuté de 6,4% par rapport à la même période l'an dernier.

 

Nous avons donc tout intérêt à joindre nos efforts pour éliminer ces freins à notre croissance. Et c'est précisément ce qu'a fait le gouvernement fédéral, supprimant en novembre les ‘taxes santé’ telles qu'elles avaient été prévues. Nous ne pouvons qu'applaudir son initiative : ces taxes n'avaient en effet aucun impact sur la santé publique mais elles incitaient les consommateurs belges à faire leur shopping par-delà la frontière. Une étude menée par GfK auprès de 5.000 ménages belges a montré qu'ils étaient de plus en plus nombreux à passer la frontière pour leurs achats alimentaires. La France en est la grande bénéficiaire : depuis 2010, le nombre d'achats transfrontaliers a doublé. Il suffit d'aller jeter un œil le samedi sur le parking d'Auchan à Roncq pour se rendre compte qu'il ne s'agit pas d'une fiction mais d’une réalité quotidienne.

 

Bien entendu, la lutte contre l'obésité reste un enjeu majeur. C'est d'ailleurs pourquoi la FEVIA et Comeos ont signé en juin la Convention Alimentation Equilibrée avec la ministre de la santé Maggie De Block. Après le succès de la convention sur le sel, le secteur alimentaire a pris l'engagement de contribuer à une véritable diminution de l'apport calorique. Pour assurer une croissance durable au secteur, le ‘choix santé’ est un choix bien plus… sain que d'ajouter des taxes ou des frais supplémentaires à une liste déjà longue.

 

En dépit des nombreux défis auxquels les entreprises agro-alimentaires belges doivent faire face, nous sommes confiants pour l'avenir. « Nous sommes tous citoyens de ce monde et le monde nous appartient à tous », chantait encore Thé Lau. N'hésitons pas à faire connaître au monde ce que notre pays a à lui offrir : Small country. Great food !