Humeur: Ahold Delhaize, la Belle Alliance?

A quelques jours près, l'état-major Ahold-Delhaize aurait pu convoquer sa conférence de presse à Waterloo. Il aurait alors pu ajouter à cet événement, qu'on peut sans excès qualifier d'historique pour le retail belgo-néerlandais, à la fois un son et lumière et une jolie métaphore. Les éléments de langage soigneusement choisis évoquent une fusion, mais cette opération consacre bel et bien le triomphe stratégique de Dick Boer, deux siècles après que Guillaume d'Orange eut assis son pouvoir sur les "Lage Landen". Qu'on ne cherche aucune réaction nationaliste épidermique dans cette allusion.

 

Mais simplement un constat: voilà une opération bien avantageuse pour Ahold, dont le CEO a fait preuve d'une science tactique digne de l'art militaire des guerres napoléonniennes: préparer le terrain, choisir le moment opportun, jouer sur le mouvement et l'initiative. Le timing, tout d'abord. Pourquoi ce mariage annoncé aujourd'hui comme une évidence ne fut-elle pas possible après les flirts de la décennie précédente? On n'attendait pas vraiment de réponse à une telle question, mais il est certain que le rapport de force eut alors été moins avantageux pour le groupe néerlandais. Préparer le terrain: Ahold a toujours parlé d'opportunités de croissance disponibles pour décrire l'arrivée d'Albert Heijn sur les marchés flamand et allemand. Mais rétrospectivement, il est impossible de ne pas y lire également une pression continue, toujours plus sensible, exercée prioritairement sur Delhaize. Ouvrir 31 magasins, très majoritairement intégrés, a un coût. Il semble déjà parfaitement amorti avec les termes de ce deal. A raison de 4,75 actions Ahold pour une action Delhaize, la valorisation est plus avantageuse que prévu pour les actionnaires Ahold, qui bénéficieront en outre d'une diminution de capital préalable d'un milliard d'euros. Quant à la répartition des compétences et la localisation du siège social, elle ne laisse guère de doutes sur la nature réelle de l'opération, ni sur l'habileté du général vainqueur.

 

Auteur: 

Christophe Sancy