Delhaize, fin d'une époque

Pierre-Olivier Beckers a passé le relais à Frans Muller
Dernier point de presse pour Pierre-Olivier Beckers, ce midi, au moment de quitter ses fonctions de CEO du Groupe Delhaize, et de transmettre le flambeau à Frans Muller. En présentant les résultats du 3e trimestre 2013, Monsieur Beckers utilise significativement une formule impliquant une forme de continuité dans le changement: "Nos priorités sont inchangées." Au rang de celles-ci, il évoque, outre une gestion "disciplinée" du cash-flow et une poursuite des efforts de réduction des coûts, une série d'initiatives favaorables à la croissance des revenus: renforcement des différentes enseignes, investissement dans la politique de baisses de prix (400 millions d'euros y ont été consacrés par le groupe depuis la mise en place de cette stratégie), accélération de la croissance organique sur certains marchés précis: le Sud-est de l'Europe et l'Indonésie ont vu apparaître 200 nouveaux magasins en 2013.

 

 

Le passage en revue des activités sur les différents marchés du groupe livre un panorama contrasté. Aux Etats-Unis, mal en point voici un peu plus d'un an, tous les indicateurs sont au vert, et la croissance est au rendez-vous pour le quatrième trimestre consécutif. Les chiffres Q3 indiquent une croissance de +2,2%, où le faible taux d'inflation du pays (+/- 0,5%) ne joue pas un rôle important. Ce sont des résultats au-delà des prévisions, qui ont pu faire dire aux analistes financiers que les prévisions de résultat du groupe étaient trop pessimistes. "En réalité," explique Pierre-Olivier Beckers, "nous anticipons dans nos prévisions de résultats annuels une série de facteurs tels que le déploiement imminent de la Phase 5 du repositionnement (réussi) de Food Lion, l'ouverture de magasins Bottom Dollar Food, ou encore les efforts sur les prix prévus chez Hannaford, et plus largement des effets de la très concurrentielle période des fêtes sur le niveau de marge des retailers.

 

Côté Balkans, Pierre-Olivier Beckers tient à relativiser l'importance des pertes enregistrées dans la zone sud-est de l'Europe, et plus spécifiquement en Serbie, chez Delta Maxi. Dans cette zone, explique-t-il, les enseignes font mieux que se défendre en Grèce et en Roumanie (près de 100 nouveaux magasins ont été ouverts dans ce seul pays), où leur part de marché progresse encore. Concernant la Serbie, le problème n'est pas tant Delta Maxi elle-même que l'état global de l'économie dans le pays, en pleine récession, qui impacte les prévisions de Delhaize. Mais il n'est pas question d'envisager un quelconque scénario de retrait: "Nous voulons développer encore le leadership de Maxi en Serbie, et le potentiel est là. Il faut savoir que deux tiers des magasins sont concentrés à Belgrade, et que 42% des ventes observées sur ce marché échappent encore au commerce organisé. (...) On ne fait pas d'acquisitions telles que celles-ci pour en tirer profit en un an. On voit à long terme." L'une des mesures en cours d'application est l'arrêt de la formule de proximité Mini Maxi, remplacée par le concept Shop 'n Go.

 

C'est donc finalement en Belgique que le bulletin semble moins favorable, avec une croissance au troisième trimestre donnée pour +1,5%, quand l'inflation y atteint au même moment 2,5%. Pierre-Olivier Beckers prend bien soin de préciser que c'est tout le marché qui recule, et que Delhaize recule moins que la moyenne de celui-ci. L'érosion de la part de marché a été enrayée au 2e trimestre, et repart à la hausse. Le marché belge est sous pression, et de gros montants sont investis par tous les acteurs sur les prix et les promotions. Et l'hyperactivité de Lidl ne passe pas inaperçue. Parmi les chantiers tracés pour la filiale belge, à côté de l'investissement dans le réseau (46 remodelings en deux ans, nouveau concept Proxy, ...) on note la confirmation du retour "philosophique" de Delhaize sur son territoire d'origine: qualité, santé et assortiment.

 

Frans Muller, nouveau CEO
C'est ensuite au tour de Frans Muller de se présenter à la presse belge, avec une souriante fiche d'identité: 52 ans, marié à Maike depuis 1992, père de trois enfants de 12, 14 et 16 ans, amateur de hockey, de cricket et de jogging. Voilà pour le volet privé. Le CV affiche pour sa part 10 ans chez KLM Cargo et 15 ans chez Metro Cash & Carry. Entre la vie professionnelle et la vie privée de Frans Muller, 150 jours de déplacement professionnel par an, un paramètre qui ne risque pas de changer dans son nouveau poste, puisqu'il a déjà pu faire fructifier son capital de points frequent flyer en partant à la rencontre des enseignes que le GRoupe compte de par le monde.

 

 

Vient alors le moment du "question time". Une fois passé les prévisibles questions de quelques confrères hollandais sur "la menace Albert Heijn", un passage désormais obligé de toute conférence de presse digne de ce nom, les débats s'orientent rapidement sur des questions de casting, et les départs de Stefan Descheemaeker et plus encore Roland Smith .

Qui remplacera ce dernier à la tête des activités américaines? "C'est il est vrai une situation neuve pour Delhaize, qui a surtout connu la stabilité", reconnait Pierre-Olivier Beckers. "Une procédure de sélection est en cours." Au détour d'une réponse, il confirme que le départ de Roland Smith est bel et bien du à sa déception ne pas avoir été retenu comme nouveau CEO du Groupe. Et que le manager américain a bel et bien reçu un "golden shake hands" de 4,2 millions d'euros, après à peine un an de présence à la tête de la filiale américaine. "Nous aurions aimé le conserver de nombreuses années parmi nous. Son contrat était rédigé dans cette perspective, mais aussi suivant des conditions indexées sur les résultats. Il a choisi de partir, et a donc pu réaliser une plus-value sur les stocks options, comme son contrat le permettait."

 

Indemnité de départ
Monsieur Beckers ne fait non plus mystère des modalités financières entourant son propre départ - une prime de 7,6 millions d'euros - à mettre en rapport avec 15 ans d'activité au sein du groupe. Il confirme aussi que Pierre Bouchut est fermement décidé à rester en place au poste de CFO, et que la fonction de responsable des marchés européens autrefois dévolue à Stefan Descheemaeker n'existe plus, les CEO de la Belgique et de la Grèce rapportant directement à Frans Muller.

 

Le choix de Frans Muller
Sur la question de savoir si le choix de Frans Muller doit être lu comme une volonté de maintenir l'intégrité d'un groupe asymétrique, quand certains actionnaires américains ne verraient pas d'un mauvais oeil la cession d'un des pans "transatlantique", la réponse semble particulièrement prudente. A n'en pas douter, il s'agit d'un des paramètres délicats que Frans Muller aura à prendre en compte, dans la nouvelle fonction qui est officiellement la sienne depuis aujourd'hui.

 

Dernière question à Pierre-Olivier Beckers: que fera-t-il demain matin? Prendre le temps d'être enfin plus présent pour sa famille. Rester un membre actif au sein du board. Se consacrer à ses mandats nationaux et internationaux au Comité Olympique. Et qui sait, se consacrer à d'autres aventures.

Auteur: 

Christophe Sancy

catégorie: 

Bord-Bia - FR - SIDE

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