Loin des modèles traditionnels du supermarché bio, et plus encore de celui du supermarché classique, The Barn inaugurait, ce 21 février, son second marché couvert 100% bio. Le rendez-vous fut pris à Saint-Gilles pour découvrir un point de vente qui semble tirer intelligemment toutes les leçons de sa première expérience.

Démocratisation de l’achat bio, local, de saison et de qualité, mise en valeur et soutien des producteurs locaux, priorité donnée au vrac, lieu de rencontre,... On pourrait croire à une définition du marché traditionnel bio, mais ce sont bien là quelques axes qui définissent la philosophie de The Barn, la encore très jeune enseigne bio bruxelloise qui vient pourtant tout juste d’inaugurer sa seconde succursale.

Pas de crainte de cannibalisation

Depuis l’ouverture de son premier marché couvert 100% bio à Etterbeek, les choses se sont enchaînées pour The Barn. Le premier point de vente ne désemplit pas, et après seulement 18 mois, c’est un second magasin qui ouvre ses portes, à Saint-Gilles cette fois. Il aura fallu un an pour obtenir tous les permis nécessaires et réaliser les travaux. “On ne s’attendait pas à un tel flux. On peut presque parler de saturation concernant le point de vente d’Etterbeek” précise Julien de Brouwer, co-fondateur de The Barn, heureux de voir l’engouement autour de ce nouveau magasin, un engouement plus grand encore qu’il ne l’avait été à Etterbeek un an et demi plus tôt... “Aujourd’hui, le nombre de clients est largement suffisant que pour venir soutenir le business modèle du magasin d’Etterbeek. Nous ne craignons donc pas de cannibalisation. Au contraire, l’expérience doit rester agréable, et le fait que des clients d’Etterbeek soient au rendez-vous aujourd’hui est une bonne nouvelle. C’est également le signe de la confiance qu’ils nous portent”.

Peu de concurrence directe

Le nouveau marché couvert n’a en outre ici que peu de concurrence directe. Situé au n°92 de la Chaussée de Charleroi, The Barn est certes à 350 mètres d’un Bio c’Bon, mais le concept reste très différent. S’y rapprochant un peu plus, on notera la présence de Super Monkey, un petit supermarché axé, comme The Barn, sur le vrac, à moins d’un kilomètre.

Investissement de toute l’équipe dans le projet

Si un an a été nécessaire à l’inauguration du magasin, c’est entre autres en raison de l’obtention des permis. “Dans un premier temps, nous pensions ouvrir ce point de vente sur deux étages, mais cela compliquait l’achalandage. Nous avons finalement opté pour un agrandissement de la surface au rez-de-chaussée, tout en maintenant une partie du parking attenant” nous explique Thomas Helleputte, un jeune bruxellois de 27 ans, ingénieur de gestion de formation, et aujourd’hui manager du magasin de Saint-Gilles. Son parcours a de ça d’intéressant qu’il a fait un choix de carrière différent. “Je suis parti au Chili avec ma femme dans le but d’y rester une année. Nous y avons finalement habité durant 3 ans. J’y travaillais dans une start-up digitale. A mon retour en Belgique, j’avais envie de choses plus concrètes. J’ai rencontré Julien et Quentin et j’ai entièrement adhéré à leur vision d’offrir davantage de qualité à des prix accessibles, à leur philosophie du management et à tout l’aspect de la gestion. J’ai débuté chez The Barn en tant que vendeur, deux fois par semaine. Quand le projet d’ouvrir un second point de vente est né, j’ai immédiatement sauté sur l’occasion” nous explique le manager du marché couvert.

Car c’est bien là l’un des principes fondamentaux des barneurs: permettre à chacun de s’épanouir pleinement dans le projet The Barn. Et pour preuve, Thomas n’est pas le seul barneur d’Etterbeek à avoir activement participé à l’éclosion de ce nouveau magasin. Jérôme, lui aussi collaborateur-vendeur de la Place Saint-Pierre, est menuisier de formation. Sans hésiter, c’est donc vers lui que se sont tournés les initiateurs du projet pour prendre en charge la responsabilité des chantiers et la réalisation des meubles de Saint-Gilles. “Nous avons réutilisé les matériaux accumulés lors de la destruction du mur qui séparait la surface commerciale du parking pour la décoration du point de vente. Nous recherchons une certaine cohérence. L’objectif est entre autres d’encourager le zéro déchet. C’est pour cette raison, par exemple, que nous invitons nos clients à venir avec leurs propres contenants ou encore que nous n’utilisons que des matériaux recyclés pour nos meubles et notre décoration” nous explique Julien.

Visite guidée

Ca, c’est pour le contexte général. Intéressons-nous maintenant au point de vente même, qui impressionne tant par son emplacement, que par sa disposition et ses petits détails pratiques. La première chose qui frappe l’oeil lorsque vous arrivez à destination, c’est la très large baie vitrée qui offre une vue imprenable sur le vrac en silos. A mille lieue de l’emplacement discret d’Etterbeek! Et cela fonctionne: en ce premier jour d’ouverture, on observe les passants curieux scrutant le point de vente depuis l’extérieur avant se s’y aventurer.

“On retrouve le côté intimiste du Barn d’Etterbeek, une fois entré” souligne toutefois Julien. Et pour cause, si la baie vitrée permet d’entrevoir le vrac en silos, il faut aller un peu plus loin pour découvrir l’étendue de l’offre : fruits et légumes, pains et autres huiles et cafés ne s’offrent qu’à la vue de ceux qui poussent la porte du point de vente. On retrouve là la véritable ambiance ‘marché’. Sans fioriture inutile, le point de vente replace le produit, dans son plus simple apparat, au centre de toutes les attentions en vue de faire ressortir sa qualité brute.

Comme à Etterbeek, vous ne trouverez ici qu’une seule référence par catégorie de produit, et aucune marque. Toujours pas non plus de non-alimentaire: l'objectif est bien de rester cohérent. Le point de vente, d’une superficie égale au premier soit environ 500m2, totalise ainsi entre 350 et 400 références. Un choix délibéré de la part des instigateurs du projet qui souhaitent soutenir les producteurs locaux, mais aussi éviter aux consommateurs de trop longues minutes perdues à faire leur choix entre tel ou tel produit. Plutôt que de proposer plusieurs références et donc de créer une concurrence entre les différents producteurs, les barneurs opèrent une sélection stricte en amont, pour ne proposer, sur leurs étals, pour chaque type d’aliment ou de boisson, que le produit qui répond le mieux à leurs valeurs.

Soutien des petits producteurs

Ce choix permet également de soutenir au mieux les producteurs locaux. Outre de grands partenaires tels que Interbio, The Barn privilégie toujours un partenariat fort avec un petit producteur local qui opère sur une superficie de 1 à 2 hectares. Ainsi, là où à Etterbeek, The Barn travaille en étroite collaboration avec Maxime, producteur bio de Chaumont-Gistoux, le point de vente de Saint-Gilles s’est allié à Hilde, une agricultrice bassée à Dilbeek. «  Avec Maxime de la ferme de Chaumont-Gistoux, nous avons réfléchi et créé ensemble un plan de culture. Cela lui permet de s’assurer que ce qu’il produit sera bel et bien vendu. Nous avons fait la même chose avec Hilde de Dilbeek. Ses fruits et légumes de saison seront disponibles ici dès le mois d’avril. Soutenir les petits producteurs nous tient véritablement à coeur, et on s’aperçoit qu’on a un réel impact sur la manière de produire. Jusqu’à aujourd’hui, par exemple, Hilde ne pouvait pas se permettre d’avancer seule ».

Objectif: zéro déchet

Un autre principe fondamental du projet réside dans l’objectif zéro déchet… Le vrac y participe bien sûr, mais pas seulement. Ainsi des messages sont disséminés dans le point de vente afin d’encourager le client à emmener ses contenants. Une balance permet de peser celui-ci et de recevoir une étiquette qui permettra de déduire son poids. Si vous n’avez pas de contenant, The Barn vous en vend, toujours à petit prix… Quant aux fruits et légumes en fin de vie, ils sont soit réutilisés, notamment pour en faire des jus, soit offerts à des coopératives, soit compostés.

“Cette ouverture reflète tout ce que nous avons appris”

Le magasin de Saint-Gilles tire intelligemment les leçons de celui d’Etterbeek. Ainsi, le frigo est accessible depuis la chambre froide que l’on peut d’ailleurs apercevoir par transparence une fois devant le meuble.

De même les silos pour le vrac ont été équipés d’un couvercle plus pratiques, nous fait remarquer Thomas. Là où, à Etterbeek, il fallait retirer complètement le couvercle, celui-ci peut désormais simplement être relevé et tient en place grâce à un aimant. Une solution peu onéreuse, et bien pensée qui améliore l’expérience tout en offrant davantage d’hygiène. Et ce ne sont là que de petits détails visibles.

Julien insiste sur la cohérence d’un concept dans lequel lui et son équipe croient fermement. “Les gens nous font confiance et nous leur faisons confiance” nous indique-t-il jetant un bref regard vers l’entrée, où aucun portique de sécurité n’a été installé. “On remarque qu’on a créé une véritable communauté qui nous suit et partage la même vision que nous. On souhaite rester concentrés sur cette cohérence, des meubles, aux partenariats, en passant par le service et l’offre. Tout cela a même renforcé nos convictions et cette ouverture reflète tout ce que nous avons appris. Bien entendu, rien n’est acquis et c’est pourquoi nous continuons à travailler sur cette cohérence.”

Quelques avantages supplémentaires

Notons encore la présence non négligeable pour un commerce bruxellois d’un parking de 11 places, comprenant également des emplacements pour vélos, au fond du magasin. De même, de nombreuses caisses, dont une est dédiée au cash, permettent un flux rapide. Enfin un espace de jeu pour les enfants et un espace de détente comprenant une machine à café pour les adultes est également prévue. Quant à savoir si The Barn ouvrira une troisième succursale, on reste prudent: il faut avant tout se concentrer sur les deux premiers points de vente, le reste est une question d’opportunité...


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