CSR: Les nouveaux défis des entreprises

"Corporate social responsibility". Osons émettre une opinion: voilà une appellation bien improbable pour désigner une philosophie de gestion des plus nobles. C'est probablement l'héritage de ses racines, qui puisent dans le monde très anglo-saxon des business schools et des multinationales. Il y a dans cette expression à boire et à manger. En Europe, le terme 'corporate' inspire souvent la méfiance du public. Outre-Atlantique, c'est plutôt 'social' qui fait froncer les sourcils. Peu importe après tout, tant que le terme 'responsabilité' est sincèrement assumé. Et que les entreprises s'organisent avec méthode pour se révéler être de bonnes citoyennes. Il est finalement rassurant de constater qu'elles ne le font pas seulement par pure philanthropie: ce ne serait pas crédible. Si elles s'engagent aujourd'hui résolument dans cette voie exigeante qui les fait prendre en compte l'impact de leur activité sur l'environnement, le personnel, le consommateur et la communauté dans son ensemble, c'est qu'elles ont compris que c'était sans doute la seule manière de faire durablement du business. Le monde change, il est loin d'être parfait, mais jamais sans doute n'en a-t-il été aussi conscient. Et la nouvelle donne technologique a offert au consommateur un vrai contre-pouvoir, dont il s'est saisi avec enthousiasme. Gare aux acteurs économiques dont le comportement s'écarterait de l'éthique ou qui voudraient faire de ce discours généreux un simple paravent. Le retour de flamme serait immédiat, propageant l'incendie sur la toile et les réseaux sociaux à une vitesse ahurissante. S'engager dans une telle démarche, c'est au contraire engager un dialogue sincère et constructif avec son environnement. C'est forcément un travail complexe et de longue haleine. Mais c'est probablement la seule combinaison gagnante.

Dans le cadre du grand dossier de notre magazine de janvier-février (bientôt dans votre boîte aux lettres), nous avons interrogé les principaux acteurs du domaine CSR en Belgique. En voici un aperçu:

David Leyssens: "Il faut une collaboration large et innovante"
Le Kauri est un réseau qui met en contact et favorise le dialogue entre entreprises et ONG sensibles à des relations, un vivre ensemble et une économie durables. Le réseau, qui compte aujourd'hui 270 membres, favorise un dialogue entre différents acteurs, y compris lorsqu'ils affichent des opinions contraires. Nous avons rencontré David Leyssens, son General Manager, pour qu'il nous en dise un peu plus sur la RSE, la Responsabilité Sociétale des Entreprises (en anglais, CSR - Corporate Social Responsibility).

Quelle est aujourd'hui la tendance la plus marquante de la RSE ? “Je pense que nous sommes très clairement entrés dans une phase RSE 2.0. La RSE est arrivé à maturité, jusqu'à en devenir de plus en plus intégrée. Elle fait désormais partie de la stratégie à long terme de nombre d'organisations, entreprises et autorités publiques. Au plan international, la norme ISO 26000 stimule fameusement les entreprises, et singulièrement les plus grandes, à mettre en place des stratégies durables.”

Les investissements dans la RSE vont-ils diminuer avec la crise ? “Bien au contraire. Les entreprises appliquant une réelle stratégie RSE se prémunissent à long terme de la crise. Aux Pays-Bas, il apparaît que sous la pression des différentes parties prenantes, 38% des entreprises intensifient leurs efforts en matière de RSE et cherchent de nouvelles solutions durables qui, à l'usage, se révèlent être moins coûteuses.”

Celine Louche, professeur à la Vlerick: " Une autre manière de faire du profit".
Gondola discute des résultats du baromètre de durabilité avec Céline Louche, par ailleurs également auteure de l'ouvrage ‘Innovative CSR : Risk Management to Value Creation’ qui a atteint la 18ème place du ‘2010 Top 40 Sustainable Books’.

Etes-vous satisfaite des résultats du baromètre de la durabilité ? “Absolument, puisque nous avons reçu plus de 500 réponses, ce qui était totalement inattendu. Les entreprises qui ont joué le jeu sont actives dans des domaines très divers : droits des consommateurs, droits de l'homme, logistique, norme ISO 26000, etc. Une agréable surprise, car il y a encore quelques années, une telle participation aurait été tout simplement inconcevable.”

Aude-là de ce résultat positif, que faudrait-il améliorer ? “Les entreprises devraient aller plus loin. Entre autres dans la chaîne logistique où il reste énormément de pain sur la planche. Autre exemple : comment la direction d'une entreprise peut-elle mieux contrôler le respect des droits de l'homme dans d'autres pays que le nôtre ?”

Auriez-vous quelques suggestions pour améliorer les choses ? “L'implication du top management est une des clés pour réussir le passage à une véritable RSE. Sans cela, comment imaginer que l'idée fasse son chemin à tous les étages de la hiérarchie ? Il est également prouvé que les entreprises membres d'un réseau RSE obtiennent de meilleurs résultats.

Retrouvez les interviews complète, ainsi qu'une entrevue avec Chistiane Steegmans, Vice-présidente de Delhaize Belgique et la présentation d'une toute nouvelle initiative CSR, The Greener Packaging Award, dans notre magazine de janvier février.

Auteur: 

Gondola Magazine