Carte ou cash?

Payer à la caisse avec la carte bancaire est devenu chose normale, semble-t-il. Mais il y a des cartes de débit et des cartes de crédit. Et aussi le cash. Quels sont les avantages et les inconvénients de ces différents systèmes de paiement ? Et quelles sont les principales évolutions dans ce domaine ?

Les semaines passées, les systèmes de paiement faisaient la une des médias. Bancontact/Mister Cash annonçait que Proton, le porte-monnaie électronique lancé dans les années nonante, disparaîtra du marché fin 2014. Dans le même temps débutait une campagne incitant à se servir de la carte de débit (Bancontact/ Mister Cash ou Maestro) pour régler les petits achats dans les magasins. Son slogan : " Payer ? Par carte évidemment !"

C'est évidemment au consommateur de choisir, mais le commerçant peut guider un tant soit peu ce choix. A lui de présenter toutes les alternatives au client : cash, carte de débit ou carte de crédit. A première vue, le Belge semble s'être bien habitué aux paiements électroniques. Les premières cartes bancaires qui permettaient de tirer de l'argent "du mur" et de payer en magasin sont apparues dans les années septante, avec Bancontact et Mister Cash (qui ont fusionné par la suite). Et début des années quatre-vingt, une campagne publicitaire faisait déjà la promotion du paiement par carte ("biep-biep-biep-biep betaald/bip-bip-bip-bip payé’). On pourrait donc penser que ce mode de paiement est entré dans les mœurs. Et bien, rien n'est moins vrai. "D'après nos informations, 70% des paiements se font encore en liquide. Une grande partie de ceux-ci interviennent directement entre consommateurs", explique Kris De Ryck, CEO de Bancontact Mister Cash Company, " mais la réalité est qu'il y a encore beaucoup de petites transactions en liquide. Il y a donc encore un fort potentiel à développer. Voilà pourquoi nous tâchons de convaincre commerçants et consommateurs de payer aussi les petits montants par carte, et les résultats sont de ce point de vue de plus en plus favorables."

Au début de la campagne "Payer ? Par carte évidemment !" (une initiative de Comeos, Unizo, UCM et Febelfin), les chiffres dont on disposait sur le comportement de paiement du Belge moyen indiquaient que celui-ci sortait sa carte de débit 63 fois par an. "Les habitants du Royaume-Uni, des Pays-Bas, de la France et de la Suède font beaucoup mieux : ils réalisent respectivement en moyenne et par an 78, 90, 104 et 169 paiements par carte de débit. Cela montre que malgré l'augmentation du nombre de paiements par carte d'année en année, il y a encore des commerçants et des consommateurs en Belgique qui ne font pas ou pas assez confiance à ce moyen de paiement. C'est ce que veut changer cette campagne de sensibilisation", expliquent les responsables de la campagne.

De petits achats

L'augmentation du nombre de paiements par carte doit surtout venir des petits achats. C'était également la vocation de Proton, mais ce système a culminé il y a plus de dix ans à 120 000 000 transactions. "Puis cela a baissé tout doucement", commente De Ryck. "Les Belges préfèrent payer avec Bancontact/Mister Cash plutôt qu'avec Proton. L'an dernier, Bancontact/Mister Cash a enregistré 135 millions de transactions inférieures à 10 euros, Proton 51 millions. On se dirige cette année vers un rapport de 152 millions de petites transactions Bancontact/Mister Cash pour 41 millions de paiements avec Proton. Bancontact/Mister Cash phagocyte littéralement les transactions Proton. C'est pourquoi nous arrêterons Proton en 2014, mais en transférant l'aspect pratique de Proton dans Bancontact." Plusieurs fonctions de Proton seront reprises par la carte Bancontact. Ainsi, le consommateur pourra bientôt payer électroniquement des petites sommes avec la fonction BC sans que le code ne soit exigé.

On trouve encore, surtout dans les petits magasins, des messages aux caisses informant que les paiements par Bancontact pour des montants inférieurs à 5 euros ne sont plus accéptés ou qu'en dessous d'un certain montant, le paiement par Bancontact sera majoré d'une commission. Pour les petites sommes, les coûts de transaction par Bancontact étaient en effet trop élevés et c'est pourquoi les commerçants devaient sacrifier leur marge. "Étaient trop élevés", car cette année, Bancontact et son partenaire de système Atos Worldline ont adapté les tarifs concernant les petites sommes. Cela s'accompagne d'une campagne dirigée vers les petits commerces. "Petits achats ? Votre carte est là" en est le thème.

Quoi qu'il en soit : le commerçant est toujours mis à contribution. Les frais engagés ont baissé mais ce n'est pas uniquement grâce à Bancontact-Mister Cash. Bancontact doit en effet faire face à la concurrence de Maestro (MasterCard) en matière de paiements électroniques. Les logos Maestro et Bancontact se retrouvent sur toutes les cartes bancaires de notre pays. Maestro est le système de paiement international par excellence. Les Belges peuvent payer à l'étranger avec cette carte et inversement, les étrangers s'en servent pour faire leurs achats dans notre pays. En principe, le commerçant belge peut choisir entre les deux systèmes, Maestro et Bancontact, mais comme tout le monde dispose des deux options sur sa carte bancaire, en pratique, cela n'arrive jamais. D'ailleurs, Bancontact-Mister Cash a décidé lui aussi de s'adapter aux normes internationales de façon à ce que l'on puisse faire des paiements électroniques à l'étranger avec BC.

Marché ouvert

Au bout du compte, tout dépend de l'institution bancaire qui émet la carte. "C'est elle qui décide sur la base des attentes du client du contenu de la carte ", déclare De Ryck, "c'est un marché ouvert." Les sociétés de cartes de crédit opèrent également sur ce marché, notamment Visa et Mastercard, qui sont les plus utilisées. Ce sont en fait des cartes à paiement retardé (en fin de mois). Dans des pays comme la Grande-Bretagne et la France, les clients sortent beaucoup plus souvent leur carte de crédit à la caisse des supermarchés que dans notre pays. Steven Van Sweevelt (de MasterCard) affirme que le nombre de paiements par carte de crédit représente 10% des paiements faits par carte de débit. Selon lui, "les gens utilisent surtout la carte de crédit pour des sommes élevées". "Et il arrive à tout le monde d'avoir des difficultés financières en fin de mois que l'on résorbe avec une carte de crédit." Les Belges utilisent aussi beaucoup les cartes de crédit lorsqu'ils voyagent ou sortent au restaurant. Le commerçant reçoit immédiatement son argent des émetteurs des cartes mais il paie une commission.

Le grand nombre de systèmes de paiement ne facilite pas la vie du commerçant. Il ne s'agit d'ailleurs pas seulement du paiement "normal" mais aussi des paiements par chèques repas électroniques. Ceci dit, les transactions se font maintenant toutes au même terminal. Les détaillants n'ont donc plus besoin d'avoir plusieurs terminaux à la caisse.

Le paiement électronique est pour le commerçant bien plus avantageux que le paiement en liquide : c'est plus sûr, il y a moins d'argent liquide dans la caisse et le consommateur est moins limité dans sa consommation (qui n'a que 100 euros en poche ne peut pas dépenser plus). Tout système électronique a cependant un prix. Le liquide non - du moins à première vue. "Le cash est finalement plus cher que les systèmes de paiement électroniques", affirme Steven Van Sweevelt. "Il faut amener l'argent à la banque et les banques font payer des frais sur cette transaction. Tous les frais mis bout à bout, on arrive à des sommes importantes, de l'impression des billets de banque aux escortes de surveillance pendant le transport d'argent. On voit donc que tout le monde s'y retrouve avec le paiement par carte."

Argent liquide.

L'argent liquide ne va cependant pas disparaître et il y en aura toujours dans les caisses des commerçants. Une entreprise comme YourCash propose un système, le "YourCash'-atm's, qui permet d'économiser de l'argent dans la manipulation de l'argent liquide. Il s'agit de ce que Ewan Ogilvie (directeur des ventes et services YourCash) appelle un "cash recirculation proces". Les supermarchés ou centres commerciaux disposent de distributeurs automatiques que les chalands utilisent pour retirer de l'argent. Le gérant participant à ce système remplit le matin les distributeurs avec l'argent de ses caisses. "Normalement, la manipulation de l'argent liquide peut revenir cher au commerçant. Mais ici, au lieu d'amener cet argent à la banque, il peut le déposer dans le distributeur d'argent. De cette façon, il s'épargne des frais," explique Ogilvie. YourCash calcule combien d'argent liquide le commerçant a mis dans le distributeur et ce qui est retiré par la clientèle est versé sur le compte du supermarché. Souvent, l'argent retiré du distributeur est dépensé sur place. , "Une étude menée au Royaume-Uni montre que 65% des personnes dépensent de nouveau cet argent dans le magasin". YourCash fonctionne sur la base d'un système de transmission GPRS qui est indépendant du système Atos. Si le système Atos tombe en panne (les paiements électroniques étant alors impossibles), les paiements peuvent se faire au moyen de YourCash.

YourCash est bien développé au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. Dans notre pays, il a fait son entrée en septembre 2011. Un projet pilote a démarré dans 17 magasins Intermarché et s'étend maintenant à d'autres implantations de la chaîne ainsi que chez AD Delhaize et Alvo. YourCash a ainsi quelque 70 distributeurs d'argent sur le marché. L'objectif est d'en avoir 200 d'ici deux ans et on estime qu'il existe un potentiel pour 500 à 600 distributeurs. YourCash installe ses distributeurs dans des centres commerciaux éloignés des agences bancaires. Ewan Ogilvie : "Nous avons mené une étude en Belgique et avons constaté qu'il y a beaucoup de distributeurs d'argent mais qu'ils sont tous placés les uns à côté des autres ou près d'agences bancaires. On n'en trouve pas forcément en dehors des centres-villes ou dans les petites communes. C'est là que nous voulons développer notre marché."

Auteur: 

Gondola Magazine